Monrovia

Nous sommes restés pendant le week-end au couvent de Monrovia, pour nous reposer après nos aventures dans la brousse entre Freetown et la capitale libérienne. Katie et Guillaume m'ont amené avec eux à l'ambassade de France pour les festivités du 14 juillet. J'étais impatient à l'idée de quitter temporairement un monde gastronomique fait de feuilles de riz et de kassava pour retrouver les charcuteries et les fromages français. Dès que les discours s'est terminé, les invités, qui avaient l'air possédés par des esprits primaires, se sont rués sur le buffet et et sur la nourriture. Il n'y avait qu'un seul kilo de comté pour un peu plus d'une centaine d'invités. Et seulement une cuillère en plastique pour le couper, même pas un couteau. C'était affreux mais ça n'a pas dérangé les gens qui, de distingué, n'avaient plus que leur costume (surtout par rapport à moi). Il a fallu que le maître de cérémonie donne des instructions au micro, sur la façon d'attendre son tour pour se servir puis de laisser la place aux autres, pour qu'ils commencent à se comporter normalement. En fin de compte cette soirée n'avait rien de chic ne de distingué, mais il ne m'en fallait pas plus pour passer une bonne soirée.

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Libéria Airline

L'une des raison de cette curée est peut être le coût de la vie à Monrovia. Non seulement l'hébergement est extrêmement cher, mais la nourriture l'est également. Ont trouve de tout dans les nombreux supermarchés: du brie, du roquefort, du camembert, du foie gras, jusqu'au beurre de cacahuète américain, des corn flakes, marmite™, … (et mes cookies préférés Chips Ahoy). Tout ce qu'on s'attendrait à trouver dans les supermarchés européens ou américains. Il faut bien chercher pour trouver un produit local (malgré tous les champs d'arachide de la région). Tout est importé. Les prix sont le double d'ailleurs. Et il y a plein de choses insensées, comme les biscuits fait en Inde ou les jus de fruits frais importés de Turquie. Deux boîtes de 50g de café coûtent moins chère qu'une seule de 100g. Enfin bon, en creusant un peu, il doit bien y avoir une explication. Les seules grandes entreprises semblent être des importateurs libanais. Apparemment, cela coûte plus cher (ou c'est tout simplement impossible) de pêcher, empaqueter et distribuer du poisson libérien frais dans les supermarchés de Monrovia plutôt que de l'envoyer en Europe.

Ce qui est bien c'est que j'ai l'impression d'être à la maison. Le mauvais côté c'est que tout est en $US et que l'addition grimpe vite. Je n'arrive pas à comprendre comment font les locaux pour s'en sortir. Même dans la rue, les plateaux de riz, les piles, l'électronique, les cookies,... tous les produits sont plus chers qu'ils ne "devraient" l'être. Pareil pour les bananes et le maïs. Tout le monde parle en dollars américains. D'un autre côté, le Libéria se classe parmi les 5 pays ayant le PIB par habitant le moins élevé.

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Une fois chargé, il tient 5 jours

Le Temple maçonnique situé à côté de l'hôtel Ducor sur la colline centrale de Monrovia, est l'un des principaux monuments de la ville. La loge maçonnique du Liberia a été fondée en 1867, sur le modèle de la franc-maçonnerie présente aux USA. Elle était réservée aux Americo-libériens et elle regroupait la plupart des officiers de haut rang du Liberia. En conséquence, elle symbolisait le monopole qui a été ciblé et détruit par le coup d'état de Samuel Doe en 1980. C'est un miracle que le bâtiment soit encore relativement bien conservé, après avoir été le théâtre de batailles et squatté une fois la guerre terminée (photo de 1967).

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Le Temple maçonnique de Monrovia de nos jours

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En me promenant en ville, j'ai été interpellé plusieurs fois par des “Hey Nigga ! (~ hé le black !)" ou "Wassup Nigga ? (~quoi dneuf negro ?)“. Les premières fois je n'ai pas su quoi répondre. Que suis-je censé répondre à cela ? Je ne sais pas si c'est une blague ou si ils sont fière d'utiliser la "belle" culture américaine. Le Liberia et les États-Unis sont des pays frère dans l'esprit de beaucoup de gens d'ici.

Je n'arrive pas à me souvenir de tous les noms dont on m'a affublé. Outre tous les termes en lien avec le fait d'être Blanc, je suis le plus souvent "Jésus!“, mais ça peut aussi “Rastaman” ou “Arabe”.

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Rues marchandes du centre ville la nuit

Le dimanche, la ville est morte. Les rues d'habitudes animées sont désertes. Les restaurants avec WiFi sont fermés et nous avons du mal à trouver un café internet qui soit ouvert. Ils facturent 100LD / heure pour l'utilisation de leurs ordinateurs et 150 LD (2 USD) pour l'utilisation d'internet sur un ordinateur portable personnel. Et je n'arrive même pas à consulter mes mails sur Gmail HTML. Nous atterrissons finalement dans les hôtels chics de Mamba Point pour utiliser leur WiFi. Le premier ne donne pas le mot de passe WiFi pour les commandes inférieures à 10 USD. Dans un autre, nous devons discuter dur pour leur faire enlever les frais supplémentaires de 5 USD par portable. Mais même avec ces prix la connexion est très lente et je n'ai pas réussi à envoyer mes images pour le blog.

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Marché au bord de l'eau – en semaine

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Marché au bord de l'eau – le dimanche

Une de nos premières tâches consiste à visiter le Bureau de l'Immigration de Monrovia pour corriger ou prolonger notre visa. Nous avons tous deux un visa de 90 jours qui a été tamponné comme “15 jours” à la frontière de Bo. Le policier a prétendu qu'il ne pouvait pas donner de tampon pour plus longtemps, et qu'on nous donnerait l'extension gratuitement à Monrovia. Tout ça à l'air louche, d'autant plus que nous croisons un touriste qui a obtenu un tampon "30 jours" dans ce même poste frontière.

L'entrée du Bureau de l'Immigration est une cage d'escalier étroite cachée derrière des petites boutiques ou des maisons en décrépitude. Un officier accueillant nous demande tout d'abord quelques billets afin de mettre nos formulaires en haut de la pile pour qu'ils soient traités plus rapidement. Nous ne donnons rien du tout, et étant donné que le bureau est plein de gens qui ne font rien, nous passons immédiatement au niveau suivant.

Le niveau suivant consiste en une discussion dans une pièce où de grosses dames sont occupées à manger et à lire le journal. Elles nous demandent 20 USD pour prolonger notre séjour. Nous avons du mal à comprendre pourquoi nous avons payé notre visa aussi cher à la base. Chaque agent de l'immigration a sa façon d'interpréter un visa et sa façon de trouver une solution. De toute façon, ces dames ne peuvent rien faire pour nous car il faut tout d'abord consommer nos 15 jours avant de pouvoir demander les 60 prochains jours. D'après elles, nous pouvons demander l'extension dans n'importe quelle autre ville du Libéria, alors que d'après d'autres sources n'est possible qu'à Monrovia. Comme d'habitude, en fin de compte, on finit par être plus confus que renseignés.

On peut apercevoir ces agents de l'immigration en train de se promener ou de glander autour de leurs bureaux dans Broad street. L'un d'eux m'a contrôlé, incognito, alors que je faisais des courses dans au marché au bord de l'eau. J'avais fait l'erreur de sortir sans mes papiers. Il a refusé mes suggestions de solutions et a sauté sur l'occasion pour me demander 100 L$ afin de “lancer sa propre entreprise”. La conversation a continué jusqu'à ce que je commence à partir en marchant pendant qu'il me suivait, en baissant son prix. Très vite, il s'est mit à ressembler à n'importe quel clodo qui invente n'importe quelle histoire pour obtenir de l'argent, jusqu'à ce qu'il disparaisse. C'est pathétique venant d'un fonctionnaire payé pour faire appliquer la loi, mais rien ne dit que les papiers qu'il m'a montrés étaient des vrais ? De toute façon il y n'y a pas de vérité, aucune justice, aucune règle incontestable. C'est une jungle sociale où le plus malin gagne.

Au passage, Monrovia n'est pas seulement la capitale la plus pluvieuse d'Afrique (avec Freetown), elle est également classé comme l'un des endroits les plus corrompus dans le monde (elle partage une fois de plus le podium avec la Sierra Leone). Selon Transparence International (rapport), plus de 75 % des Libériens et Sierra-Léonais rapportent avoir payé un pot-de-vin durant l'année écoulée.

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Le Temple de la Justice

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Un bout de Ministère de la défense et une rivière malodorante

J'ai parlé précédemment des pays d'Afrique de l'Ouest qui n'ont pas accès à internet à grande vitesse, disant que, après le Sénégal, le prochain pays avec un accès à internet décent serait la Côte d'Ivoire. La vérité est que le câble optique ACE link est déjà connecté à Monrovia depuis le début 2013. Pourquoi internet est-il toujours aussi lent dans ce cas ? Six mois après l'arrivée du câble sous-marin dans la capitale, “'ils” n'ont toujours pas procédé aux raccordements locaux. Ce qui signifie que la seule façon de profiter de la haute vitesse est de passer par le réseau 4G des opérateurs de téléphonie portable.

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Je regarde les réparations et la mise à niveau de mes vêtements et de ma literie dans un atelier de couture

Je ne pensais pas que le 4G serait aussi rapide que ça, jusqu'à ce que je la teste chez Lisa. Je peux utiliser Gmail et Youtube sans problème. J'ai pu mettre en ligne toutes mes photos depuis la Guinée-Bissau et passer du temps (beaucoup trop) à rattraper mon retard sur les article du blogs. Toutefois, cette vitesse à un prix prix, à partir de 80 USD pour 12Go jusqu'à 200 USD pour 100 Go (valables 30 jours). Il y a 4 mois encore, la quantité de données était 4 fois moindre pour le même prix. Mais même en l'état ce service reste un luxe.

Lisa travaille à l'ambassade de Suède et nous a gentiment accueillis à Monrovia (ou devrais-je dire, sauvé la vie, étant donné l’hostilité de la ville pour des touristes) parce que Henrik, que j'ai rencontré quand je travaillais en Afrique du Sud, était en vacances quand nous sommes arrivés. La Suède est le plus grand donateur au Libéria après les USA. C'est également la plus grande ambassade européenne ici. La plupart des autres ambassades sont en fait des petits bureaux coordonnés depuis la Côte d'Ivoire. Nous avons redécouvert le confort d'un bon lit et une d'une bonne douche (avec de l'eau qui tombe du plafond et pas d'un seau d'eau, et à l'eau chaude ! Nous n’avions plus connu ça depuis… très longtemps). Nous avons apprécié la joie de vivre et l'attention prodiguée par l'équipe suédoise, toujours là pour aider. Outre la découverte que les noms de Mickey, Minnie (et même Batman!) sont traduits en Suédois, nous avons appris à jouer au Kubb sur la plage. Karaoké, bars, plage, dîners, etc., plus le repos, le triage des photos et les journées à écrire les articles de ce blog. Tout ça fait que le temps est passé à vitesse grand V lors de notre séjour à Monrovia.

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L'Executive Mansion, un autre bel immeuble

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Les derniers jours de vélo entre la Sierra Leone et Freetown ont été humides et boueux. Ca s'est plutôt bien passé niveau pédalage (et natation), mais mes plaquettes de frein, qui baignaient constamment dans les particules de boue rouge, n'ont pas apprécié. Je pouvais sentir mes freins faiblir jour après jour.

Quand j'étais à Dakar, j'ai pu acheter des fournitures et des pièces de rechange pour l'ensemble de mon vélo, à l'exception des plaquettes de frein. J'ai acheté le mauvais type. J'ai besoin des patins Magura standards, qui sont déjà difficiles à trouver au hasard en Europe, et encore plus en Afrique. Pour ce genre de pièce, il faut avoir au moins un jeu de rechange, et idéalement un deuxième n'est pas de trop. Par DHL, ça me couterait 100 USD pour la livraison d'un petit colis en Afrique, sans compter qu'il faut trouver quelqu'un pour les acheter et me les envoyer. L'erreur commise à Dakar, ajoutée au terrain humide et boueux qui abiment encore plus vite mes freins, ont fait que je commençais à m’inquiéter. J'ai tendance à me faire beaucoup de soucis à l'avance pour compenser les mauvaises surprises et les problèmes qui arrivent plus souvent qu'à la normale en Afrique. Du coup, je me suis mis en tête de ne pas quitter Monrovia tant que je n'aurais pas trouvé les bons patins.

Le premier soir de notre emménagement chez Lisa, un lundi, Per à vu nos vélos et leur freins. Il se trouve que Per est aussi un cycliste et que, le soir même, il a posté un article à propos des plaquettes de frein sur un forum de vélo suédois. Il a obtenu une réponse quasi-instantanée de la part de quelqu'un qui en avait un jeu inutilisé à Stockholm. Il s'est arrangé pour les faire récupérer par son épouse Kristina, qui était sur le point rentrer en avion au Libéria depuis la Suède. Elle a pris l'avion le mercredi et les plaquettes étaient à Monrovia le jeudi.

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Per et les patins de frein

Quelles sont les chances d'obtenir des patins Magura à Monrovia en 3 jours ? Je ne l'aurais jamais imaginé et j'étais prêt à consacrer beaucoup de temps, d'efforts et d'argent, pour trouver une solution. Chacun des événements qui ont lieu le long de la "chaine d'approvisionnement" ont été du pur hasard. La combinaison de tous ces événement est l'incarnation d'une chance incroyable, en grande partie due à l'attention et à la rapidité de réaction de Per.

J'en profite pour écrire ici une citation de l'alpiniste W.H. Murray que j'ai copié sur mes cartes postales de remerciement que je laisse en souvenir aux gens rencontrés sur la route:

“ Jusqu’au moment où l’on s’engage, il n’y a qu’hésitation, occasion de revenir en arrière et inefficacité. Concernant tous les actes exigeant initiative et création, il y a une vérité élémentaire dont la méconnaissance a fait avorter des idées innombrables et des projets fabuleux : c’est qu’à l’instant où l’on s’engage pour de bon, la Providence se met en marche à son tour. Toutes sortes de circonstances favorables se produisent qui, autrement, ne se seraient pas manifestées. La décision engendre un courant d’évènements qui suscite sur son passage une variété d’incidents imprévus et bénéfiques de rencontres et de soutiens matériels dont personne n’aurait osé rêvé. . ”

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Monrovia, ou la vie parmi les ruines

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Les tests rapides de paludisme, que j'avais achetés à Dakar, ont servi pour Johannes: un matin, alors qu'il avait un doute, il a fait un test positif. Nous savons que nous pouvons l'attraper facilement puisque nous ne prenons pas de traitement préventif et nous dormons/campons à l'extérieur. Tout est rentré dans l'ordre après 3 jours et 24 comprimés de Coartem. Il s'agit d'un médicament bon marché (7 € la boîte) disponible un peu partout en Afrique et qui fonctionne bien, même si Kristina nous a avertis que certaines formes de paludisme pourraient être déjà lui être résistantes. Le Malarone/Malanil reste le meilleur choix, mais à 50€ le traitement (Malarone peut être utilisé non seulement en prévention (1 comprimé / jour), mais aussi comme remède en cas d'attaque de paludisme (12 pilules pendant 3 jours)). J'ai encore des pilules de Doxycycline que je prends de temps en temps, peut-être que c'est ce qui m'a évité d'avoir le paludisme jusqu'à maintenant.

Elle nous a aussi donné des conseils sur d'autres médicaments. Tous les guides de voyage et les cliniques s'accordent sur le fait de dire que la l'eau locale est impropre à la consommation dans la plupart des pays africains. Même au Maroc, où j'ai eu aucun problème. Je suis équipé pour traiter l'eau avant de la boire, mais comme l'eau du robinet au Maroc s'est révélée être potable, je ne l'ai pas fait. Et j'ai continué comme ça dans les pays suivants. Peut-être que mon estomac a développé une résistance le long du chemin, parce que je n'ai toujours pas été malade après avoir bu des litres et des litres d'eau du robinet et des pompes, du Sénégal au Libéria. L'eau provenant des pompes a toujours été plutôt bonne, sauf une fois au Libéria où elle avait une odeur et un goût de quelque chose de pourri. L'eau en général a bien meilleur goût que l'eau “purifiée” qu'on trouve un peu partout dans des sacs en plastique.

Si j'en crois les divers conseils de voyage, mon estomac doit être une jungle de formes de vie, de parasites et d'autres choses dégoûtantes. Juste au cas où, je prends une pilule d'albendazole pour débarrasser mes tripes de ces jolis vers qui apparaissent sur le dessin de la boîte.

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Albendazole contre les vers

Monrovia et ses 1 million habitants sont alimentés par des générateurs diesel. Autrefois, cette énergie était fournie par le barrage de 64 MW du Mont Coffee, situé en amont, mais la centrale hydroélectrique a cessé de fonctionner quand la guerre civile a éclaté. De nos jours, des documents concernant les générateurs diesel permettent d'estimer que la capacité totale de production d'électricité du Libéria ne dépasse pas les 15 MW. J'ai vu une usine et un panneau “7 x 1000 kW” sur l'île de Bushrod. Il est difficile d'évaluer exactement la production et la consommation d'énergie étant donné que les propriétés privées et les magasins ont leurs propres générateurs.

Le pire c'est que, malgré la pluie et les ressources en charbon du Libéria, l'électricité est produite avec du diesel. Celui-ci est à 325 L$ le gallon (0,90 € / litre), beaucoup moins cher qu'en Europe et légèrement au-dessus des USA, mais le prix de l'électricité qui en résulte est délirant. Les maisons sont équipées de compteurs à prépaiement qui exigent un paiement d'avance. Ça fonctionne comme le crédit sur un téléphone portable prépayé. Le commerçant d'une petite boutique de vente de boissons et de biscuits nous dit que, avec 50 USD, il tient 3 semaines, avec un réfrigérateur, une télévision et un peu d'air conditionné. C'est une fois de plus totalement déconnecté du revenu moyen des Libériens.

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Quatre générateurs diesel pour un ensemble de 50 appartements

Du côté de Mamba Point, l'ambassade américaine bénéficie d'un emplacement privilégié. Elle est composée de beaux bâtiments gigantesques. Naturellement, les photos ne sont pas autorisés, mais ils sont de l'autre côté de la route.

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Face à l'un des bâtiments de l'ambassade américaine

West Point est le quartier le plus pauvre de Monrovia. On dit qu'il y a entre 25 000 et 75 000 personnes qui y vivent. Je n'y suis pas allé, mais j'ai aperçu les bidonvilles du haut de l'hôtel Ducor. L'Hôtel Ducor est l'hôtel en ruines emblématique situé dans le centre de Monrovia, et qui offre les meilleures vues sur la ville.

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Centre de Monrovia: Broad Street vue de l'Hotel Ducor

Panorama depuis le toit de l'hôtel Ducor

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Les deux ponts reliant Bushrod Island au centre de Monrovia, via l'île de Providence

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West Point

Pour ceux qui ont le coeur bien accroché, on peut lire à l'adresse suivante (lien cliquable) un article qui traite non seulement de West Point, mais surtout de la vie actuelle des femmes qui furent des enfants soldats durant les guerres civiles de Liberia.

Cachée entre les bâtiments de l'ambassade américaine se trouve la mystérieuse ambassade de la cité du Vatican, nommée la Nonciature Apostolique. Je ne savais pas du tout que le Vatican avait des ambassades à l'étranger pour représenter ses 572 citoyens, mais il se trouve qu'ils en ont 112!

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Ambassade de la cité du Vatican

C'est à Sinkor, où les ambassades et les résidences d'expatriés réduisent l'écart entre l'Europe et l'Afrique à une simple porte de fer et des clôtures de barbelés, que le joueur FIFA de l'année 1995 et candidat à la présidence George Weah, possède une modeste maison.

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Résidence de George Weah

Non loin de sa maison se trouve celle du directeur de l'Alliance française, qui est un ancien arbitre international de la FIFA.

Johannes me fait réaliser quelque chose à propos de notre situation géographique à laquelle je n'avais pas du tout pensé: nous sommes actuellement plus proche du Brésil que de la France ou de l'Afrique du Sud. Recife est à environ 3000 km de Monrovia. Les latitudes de Zürich, Monrovia et Cap étant respectivement 47,3 ° N, 6.3 ° N, 34,0 ° S, je viens de passer le “point à mi-chemin en termes de latitude”, si tant est que cela signifie quelque chose.

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Bienvenue à la plage

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Pas de pepe, pas de pupu, pas de saleté

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Techniquement, les ordures ne tombent pas sur la plage

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C O E X I S T

De même qu'à Freetown, on a l'impression, au premier coup d'oeil, que toutes les voitures sauf les taxis sont des 4×4. Il semble également que la moitié de ces 4x4 soient marquées des lettres “UN” ou d'un logo d'un autre organisme des Nations Unies.

Et encore une fois grâce à Lisa, nous sommes mis en contact avec les gens des Nations Unies qui travaillent aux frontières libériennes en Côte d'Ivoire. Cette frontière est dangereuse car, tandis que les forces militaires qui obéissent au président Ouattara contrôlent la Côte d'Ivoire, les rebelles pro-Gbagbo se cachent au Libéria. On nous confirme que la passage par la frontière nord (Saniquellie – Logwato – Danané) est sécurisé à l'heure actuelle. C'est là où Wang a été pris entre deux feux un peu plus tôt cette année. Il y a deux autres postes frontaliers pour entrer en Côte d'Ivoire, à Bhai Miko et à Touleupleu, qui ne sont pas recommandés pour l'instant à cause de l'atmosphère qui y est tendue, et un autre sur la côte près de Harper sur le fleuve Cavally, qui est sécurisé.

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Faire la fête comme un employé des Nations Unies

Puisque nous allons resté pendant quelques jours à Monrovia, il est sage de faire la tournée des ambassades pour récupérer des visas, pour le Ghana et le Nigeria. Ce dernier est censé être difficile à obtenir. Même pour celui du Ghana, on nous a dit que leur ambassade à Monrovia fournit seulement des visas aux résidents du Libéria. Mais quand nous y sommes allés lundi, l'employé à semblé comprendre notre voyage spécifique. Il a demandé quelques preuves supplémentaires et nous avons pu soumettre notre demande le mardi. Nous avons obtenu le visa ghanéen vendredi, utilisable dans les 3 mois et valable pour un séjour de 1 mois. Parfait.

Après cette expérience positive, nous avons visité l'ambassade du Nigéria à Congo Town, le prolongement vers l'est de Monrovia, pour évaluer la difficulté réelle d'obtention du visa. La chance nous a souri à nous nouveau: nous avons pris un taxi dont le conducteur a un frère travaille comme… Ambassadeur du Libéria au Nigeria, et qui pourrait nous aider (mais il n'a pas décroché le téléphone quand nous l'avons appelé à ce moment-là). À l'ambassade, une fois de plus, les exigences initiales (preuve de résidence dans le pays de l'ambassade, les lettres d'invitation, la réservation d'hébergement, les billets d'avion, etc.) ont disparu lorsque nous avons réussi à parler à un patron au lieu de la secrétaire. Cependant, le Nigeria est encore loin et obtenir un visa valable pendant 3 mois à Monrovia nous stresserait en nous obligeant à foncer vers à la frontière. Nous reportons donc l'application à plus tard, quand nous serons au Togo ou au Bénin.

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Le Bureau des télécoms

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Le bâtiment E.J. Roye (à gauche) et la Banque nationale (à droite)

Les deux bâtiments derrière la cabine 'winner' sont le bâtiment E.J. Roye et la Banque nationale. Ils sont facilement reconnaissables sur le panorama de Monrovia et ce seraient probablement les deux plus haut bâtiments si il n'y avait pas l'hôtel Ducor perché sur sa colline. Le E.J. Roye fut le siège de l'ancien parti True Whig, qui a été le parti de la plupart des Americo-libériens, qui représentaient quasiment 100% des gens autorisé à voter (mais moins de 5% de la population totale du Libéria). De nos jours le parti n’existe plus vraiment et le bâtiment est en ruine et même pas squatté. Un gardien nous a dit qu'il était possible d'aller au sommet, mais l'homme-avec-la-clé était absent au moment où nous sommes passés devant. Le bâtiment de la Banque nationale n'était apparemment même pas terminé lorsque la guerre à éclata. Des réparations sont actuellement en cours.

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Des actes, pas des paroles (Bâtiment E.J. Roye)

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Le bâtiment E.J. Roye

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La Banque nationale (l'autofocus de mon compact est cassé)

Monrovia est un impressionnant cimetière de bâtiments abandonnés au cœur du centre ville.

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L'immeuble National Housing and Savings Bank

Je terminerai cet article en parlant des enfants. Lors d'une dernière visite aux ruines de l'Hôtel Africa, situé pas loin de Monrovia après Bushrod Island, nous nous sommes reposés sur la plage à côté du village de l'Hôtel Africa. Des enfants m'ont fait signe de loin, et je me suis approché.

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FAIRE des pas de toilette au large de la plage

Quand je suis arrivé plus près, je me suis rendu compte qu'il me faisaient signe tout en étant en train de déféquer en groupe. Ça n'avait pas l'air de les gêner plus que ça: ils ont juste remonté leurs pantalons et m'ont demandé de prendre des photos. Certains ne faisaient même pas la moitié de ma taille mais ils posaient déjà comme des stars. Accessoirement, le fait de devoir marcher sur de la terre tout en faisant gaffe où je posais les pieds pour éviter les petites crottes m'a rappelé l'Inde.

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