Gambie

Le Sénégal et la Gambie devraient être très similaires. Comme on me l'a dit plusieurs fois, “nous sommes le même peuple“, et c'est logique. Les seules différences viennent de ce qu'ont apporté les différents styles coloniaux, entre les français et les britanniques. Et pour le petit déjeuner, la femme de Keba ne sert pas le café, mais le thé ! Le Café Touba n'est pas très populaire en Gambie, mais il commence à être présent avec les sénégalais qui viennent s'installer ici.

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Keba à Amdalai

Après une douche au seau d'eau dans l'arrière-cour de la maison, à peine caché des autres maisons, je suis prêt pour une journée d'exploration. Pour rejoindre la capitale Banjul où Anna m'accueillera, j'ai seulement besoin de faire 30 km sur la route principale. La Gambie est le plus petit pays d'Afrique, et je pourrais facilement le traverser en un journée de vélo. Voilà pourquoi j'ai décidé de faire une grande boucle aujourd'hui, afin de voir un peu plus de choses que si je ne faisais que passer.

C'était un bon choix de ne pas acheter une ces cartes SIM internationales pour le voyage. Elles sont peut-être utiles en Europe mais les tarifs pour les pays africains sont complètement fous, du genre 15€ /Mo de données. En Gambie, une carte SIM chez Orange est à 10 dalasi (0,20 €). Le seul inconvénient de cette solution est que je change de numéro de téléphone à chaque pays, et surtout, je dois deviner l'adresse APN pour configurer mon téléphone pour qu'il se connecter à internet. Ça peut être quelque chose comme “internet” ou encore “internet.provider.extension”.



Le paysage n'a pas changé: la latérite et les pistes de sable rouges sont les mêmes qu'au Sénégal. Je dirais que cela vaut aussi pour les gens, sauf que j'entends “give me the money” au lieu de “donne moi l’argent“.

Les gens sont vraiment sympathiques et méritent leur surnom de la côte souriante d'Afrique. Tous les villages que je traverse sont précédés d'un panneau annonçant un programme de financement et je discute rapidement avec tout le monde, en anglais pour changer. Les enfants sont mendient nettement compulsivement qu'au Sénégal. Je m'arrête même dans un village talibe , le meilleur moyen pour se faire assaillir par des enfants, ceci sans aucun problème.

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J'arrive à Juffureh, un site historique en raison de la traite négrière, qui est devenu populaire avec le livre de Haley, Racines (Roots: The Saga of an American Family). Son ancêtre Kunta Kinteh est censé venir de là. Cette histoire n'est peut être qu'une histoire, mais la vérité au sujet de la traite négrière organisée ici par les britanniques, principalement, les français et les portugais, tout au long des XVIIIème et XIXème siècle, ne peut pas être réfutée. Les îles de Juffureh, Albreda et James étaient un point de départ majeur des esclaves africains vers les Amériques.

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À mon arrivée à Juffureh par la “route de derrière”, je suis interpellé par un contrôleur de l'immigration et un policier. Le premier vérifie mon passeport et me dit “C'est OK pour moi, mais maintenant vous devez vous débrouiller avec ces gars“. Ces gars-là sont deux jeunes hommes sans uniformes. Comme au poste frontalier de Amdalai, ils font partie du service national de renseignement et de sécurité. J'avais entendu parler des fonctionnaires gambiens, toujours en quête d'argent de poche sur les routes et je m'attends à une longue discussion. Toutefois, quelques question plus tard et après une description de “ma mission ici“, je suis libéré. Ils m'offrent même à manger.

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Le vieux fort de San Domingo, preuve de la colonie portugaise

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Le directeur du Musée des esclaves n'est pas aussi amical. Il insiste pour me faire payer 100 dalasi pour l'entrée du musée, juste en face de la pancarte qui indique une entrée à 50 dalasi. Le Musée d'Albreda est petit mais instructif. Il décrit principalement les mauvaises conditions de transport des esclaves, et comment les français et les britanniques se sont battus et ont échangé leurs colonies sur la côte stratégique du fleuve Gambie. Il y a même un duc de Lettonie qui a voulu établir un empire ici.

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L'île James, où se trouvait la colonie britannique, tandis que les français occupaient les rives du fleuve

Comme je retourne à Barra, là où le ferry part pour Banjul, je m'attends à avoir une belle route pour les 30 derniers km sur la route Juffureh-Barra. Ce n'est pas du tout le cas. À la différence des pistes dans des villages isolés, les pistes qui sont fréquemment utilisés ont une très mauvaise surface ondulée et mon vélo à horreur de ça. En fait, la plupart des touristes qui vont à Albreda/Juffureh prennent le bateau à Banjul, évitant ainsi les mauvaises routes et les traversées en ferry peu fiables.

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Bienvenue à Albreda/Juffureh

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L'autoroute de Taiwan

Le bon côté des choses est que je n'ai pas besoin d'attendre jusqu'en Casamance pour trouver des champs de mangue. La plupart des plantations aux alentours sont constituées d'arbres à cajou, mais je trouve des mangues mûres pour me fournir en sucre jusqu'à Barra.

Barra est une petite ville sombre qui fait face à Banjul, sur la rive nord du fleuve Gambie. Il est trop tard pour prendre le ferry ou pédaler pendant encore 20 km de l'autre côté, alors je passerai la nuit ici. Il y a un match de catch, l'autre sport populaire dans la région avec le football, et beaucoup de bruit. Même si la ville est sombre et la plupart des rues sont faites de sable, c'est agréable de se promener à l'extérieur et bavarder avec les gens. Tout le monde est bavard et amical et je me sens en sécurité.

Le lendemain matin, le premier départ du ferry pour Banjul est à 7h. Je dois prendre celui-ci pour prendre de l'avance, puis pédaler jusqu'à Serrekunda/Kololi, puis visiter les ambassades. J'ai besoin de deux visas de plus, pour la Guinée-Bissau et la Guinée Conakry, et ils sont disponibles dans la capitale gambienne. Mais comme on est vendredi, les ambassades fermeront probablement à midi.



Banjul est une non-ville : je la traverse en 5 minutes. La capitale gambienne est située sur une île séparée par des mangroves et elle très petite comparée à Serrekunda, la plus grande ville, située à 15 km.

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Ma voisine sur le ferry

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L'imposante Arche 22 qui commémore le coup d’État de l'actuel Président

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Pales d'éolienne à emporter

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Rendre visite aux ambassades est un jeu amusant, ou une épreuve, cela dépend de la façon dont je l'aborde. Pour commencer, celle de Guinée est fermée, tout ça parce que le vendredi est considéré comme le week-end en Gambie. Un week-end général de 3 jours qui permet à tout ceux qui ne sont pas heureux au travail de fermer boutique. Nous nous dirigeons ensuite vers celle de Guinée-Bissau. Je sais que l'endroit le plus facile et le moins cher pour obtenir ce visa est à Ziguinchor, Casamance, juste avant la frontière, mais si je peux l'obtenir ici pour le même prix, ce sera une bonne chose de faite.

L'ambassade de Guinée-Bissau est un bureau situé dans la cuisine d'une maison et les panneaux d'affichage indiquent qu'ils sont également fermés jusqu'à lundi. Cependant, il y a une certaine activité à l'intérieur, et on me propose quand même de traiter ma demande. Le prix est de 750 dalasi pour une attente de 8 jours ou 1250 dalasi pour l'avoir dans les 3 jours. C'est à peu près le même prix qu'à Ziguinchor, sauf que là bas il n'y a pas d'attente. Alors que je suis sur le point de partir, le gars me dit qu'en fait il peut le faire pour lundi, alors je lui laisse mon passeport. Ces ambassades c'est n'importe quoi, elles sont pleines de règles que personne ne respecte.

Avant de me rendre à la plage, j'essaye en vain plusieurs distributeurs automatiques de billets. Le dernier essai avec une banque locale est le bon, mais je ne peux par retirer plus de trente billets à la foi. Et le plus gros billet de banque en Gambie est de 100 dalasi (2 €) … une monnaie très peu pratique qui oblige les gens à se balader avec d'énormes liasses de billets.

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Je reste quelques jours à Banyul chez Anna. Je vais à la plage, erre dans le marché de Serrekunda, récupère mes visas, rattrape mon retard avec internet et je me joins à un Hash House Harriers, un jeu que j'ai déjà expérimenté à Delhi.

Juste après avoir récupéré mon passeport, il est temps d'aller faire un tour à l'ambassade de Guinée. Celle-ci est plus standard: un petit bureau sombre dans un immeuble commercial. Tout se passe bien et je peux récupérer mon visa le jour même à 15h. Quand je reviens à l'heure convenue, je dois réveiller le gars qui dors sur son bureau (la ville est privée d'électricité, ce qui veut dire que le ventilateur ne marche pas, donc naturellement il fait trop chaud pour travailler) et c'en est fini de ma course aux visa: je les ai tous jusqu'au Ghana.

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Marché de Serrekunda

La Gambie est un pays intéressant. Il est minuscule mais accueille beaucoup de touristes européens le long de ses plages. Pendant la basse saison, les plages sont vides et beaucoup de lieux touristiques sont clos. Mais j'ai une bonne idée de ce que ça peut donner en haute saison. La côte semble très occidentalisée avec tous ses clubs, ses restaurants, le casino et des supermarchés qui vendent des produits importés. Je vois de drôles de couples, le plus étrange étant un jeune rastaman avec une vieille dame britannique. Outre le trafic de drogue, l'autre moyen pour avoir une vie confortable en étant né en Gambie consiste à mettre le grappin sur un Toubab, un homme ou une femme européen d'un certain age, afin d'obtenir des cadeaux, de l'argent, et, but ultime, les papiers qui vont bien pour émigrer.

De l'autre côté de l'autoroute, le centre économique ressemble plus à une (relativement) grosse ville africaine typique, avec sa poussière, son bordel et ses vendeurs de tout et n'importe quoi omniprésents.

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Comment valoriser le travail des femmes à la maison

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Le “Président”, qui est un peu trop présent le long des routes par l'intermédiaire de posters hautement intellectuels du genre “Faites votre devoir, votez pour moi“, semble avoir un peu plus de pouvoir qu'un président d'une démocratie standard. En résumé, on m'a expliqué que c'est une honte à quel point le pays est ouvertement mal géré et les citoyens maintenus à un niveau d'éducation très faible, alors que les dirigeants profitent à la fois des aides internationales et du trafic de drogue massif. Au moins j'ai appris que dans une telle situation, il vaut toujours mieux s'inscrire dans l'armée plutôt que dans la police ou dans les autres fonctions publiques. En effet, si les salaires de l'armée ne sont pas versés, le sort du président est facilement prévisible...

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Je rêve ou je viens de voir Footix?

Comme je ne remonte pas le long du fleuve Gambie, je vais très bientôt quitter le pays. Anna me donne le contact de son ami vivant à la frontière à Kartong. Ce n'est pas la frontière officielle, avec une route et des douanes, mais il est possible d'y traverser la rivière avec une pirogue. Donc je me dirige vers Kartong.



La route est bonne mais elle n'a rien de spécial, mis à part une équipe de vautours qui m'observent depuis les côtés sales de celle-ci. Les gens mendient beaucoup moins qu'au Sénégal, mais ils parlent toujours de se marier avec un(e) européen(ne) pour sortir leur famille du pays. A ce sujet, un guinéen a voulu me convaincre que ce n'est pas une bonne idée de se marier avec une européenne âgée et de cacher qu'on a une famille en Afrique; il vaut mieux dire la vérité dès le début. C'est le genre de conversations auxquelles il faut s'attendre ici...

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En quittant Serrekunda

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Kartong

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Une station shell

Je suis accueilli par Fred dans sa maison cachée dans la jungle et je traverserai la frontière le lendemain. Je ne dois pas trainer sur les routes pour atteindre la Guinée, car les routes de le Fouta Djalon ont la réputation d'être mauvaises et difficiles pendant la saison des pluies. À Serrekunda, j'ai eu la première pluie en 3 mois. La saison commence et va inévitablement me donner du fil à retordre pour la suite …

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Sénégal à partir de la Gambie

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