Sine-Saloum, la mer, le sable et le soleil

Je quitte Toubab Dialaw assez tardivement car mon prochain arrêt se trouve à Warang, juste à côté de Mbour, où Maryse et Toni m'ont invité à passer la nuit dans leur maison. Je les ai rencontré au panneau indiquant le Tropique du Cancer dans le Sahara, au milieu de nulle part. J'évite la route principale qui passe par Mbour en prenant une plus petite route en direction de Saly. Dans les petits villages que je rencontre sur le chemin, je suis repéré par deux fois, la première par un jeune homme qui m'a vu il y a une semaine à Mboro et la deuxième par une fille sur une charette criant “il était hébergé chez les bonnes sœurs à Dakar“, il y a deux jours. C'était l'instant "le monde est petit" du voyage.



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Vue de Toubab Dialaw

Saly touche Mbour sur la Petit Côte et, alors que j'entre doucement dans la petite ville, cela ressemble de plus en plus à un Club Med géant. Il y a des résidences de vacances partout, des restaurants et des boîtes de nuit, et des Toubabs en 4x4, soit en famille soit en couples qui jouent à celui qui aura la plus grande différence d'age. La vie ici avec une retraite française est surement meilleure qu'en Europe avec ses longs hivers.

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Je me fait surprendre par les routes de sable de Saly, Mbour, et par les distances qui sont plus grandes que prévu. Je dois pédaler de nuit pendant les 5 derniers kilomètres sur une route nationale, un truc à éviter si l'on peut, et j'atterris à Warang chez Babacar qui m'accueille chaleureusement. Munich vient tout juste de remporter la Ligue des Champions et ça aurait surement fait plus de bruit si Barcelone ou Madrid avait participé à la finale.

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Comment s'appelle un Accrobranche au Sénégal ? Un Accrobaobab bien sûr !



Le lendemain sera encore une journée courte en terme de pédalage étant donné que je reste assez tard pour partager le repas familial dominical chez Babacar.

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Avec Babacar à Warang

Je continue le long de la côte Atlantique. Cette partie de la Petite Côte est plus naturelle que celle au-dessus de Mbour. Il y a encore beaucoup de camps de vacances et de restaurants, mais sans les touristes.

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La noix de cajou sous le fruit amer

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J'arrive maintenant dans une région à dominance chrétienne. C'est la patrie de Senghor, le premier président sénégalais. Comme je suis passé par Kébémer, Louga et bientôt Fatick, je peux me vanter d'avoir visité les villes natales de tous les présidents du Sénégal.

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Joal-Fadiout

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Joal est une ville modeste comme tant d'autres au Sénégal. Sa particularité réside dans la petite île de Fadiout, reliée à Joal par un pont. L'île est recouverte de coquilles de palourde. Il y a une église assez grosse et de nombreuses boutiques de souvenirs portant des noms de supermarché.

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Une route en coquillages

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Auchan

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Intermarché (50 % sur tout le magasin)

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Géant

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Le baobab central

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Comment repérer un village chrétien avant même d'y entrer : des porcs rodent dans les alentours

Un autre pont relie Joal à une autre île, minuscule, qui est en fait un cimetière. Chrétiens et musulmans sont enterrés (presque) au même endroit.

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L'île cimetière de Fadiouth

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Je n'ai pas besoin de repasser par Joal étant donné que je peux retourner sur le continent depuis l'île cimetière. Il y a une piste de sable entre les eaux et les baobabs. En regardant mon itinéraire sur Google Maps, on dirait que je pédale sur l'eau ou dans la mangrove, mais en fait tout se passe bien est je suis de retour sur la route vers le sud. Je me bats contre les portions de route ensablées et je dois camper avant d'avoir atteint mon objectif. Je voulais rejoindre Palmarin, là où la rivière Saloum se jette dans l'océan Atlantique. Il me reste encore 20km alors j'installe ma moustiquaire sous le porche de l'école de Kobongoye II. Au Sénégal, les villages rapprochés portent souvent le même nom suivi d'un numéro pour les différencier.

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Pédaler dans le sable

Je décide de partir avant que les enfants arrivent à l'école et viennent m'étudier de plus près. Du coup je me lève tôt et je suis en selle à 7h30.

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Dormir à l'école



La piste ne s'améliore toujours pas entre Samba Dia et Fimla. J'ai l'occasion d'acheter mon petit déjeuner, un café Touba et un "sandwich" aux haricots chauds, auprès des premiers villageois. Je suis à Fimla, à la frontière avec le fleuve Saloum. Le delta du Saloum est un immense territoire couvert de mangrove. Les pêcheurs s'y aventurent avec leurs pirogues, et je devrais être en mesure d'en trouver un pour me faire traverser jusqu'à Foundiougne. Mais quand je vois l'état des pirogues et compte tenu de la quantité d'essence nécessaire pour faire l'aller retour, je trouve cela plus sûr de faire le tour par la route et de prendre le ferry à Foundiougne. Ce détour pour contourner le grand delta représente 100 km supplémentaire.

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La vie sur la piste

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J'arrive au delta du Saloum

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La route pour retourner à Fatick est parfois toute neuve, parfois complètement défoncée. Les vendeurs de mangue créent des mini villes à chaque carrefour majeur. Les femmes vendent des seaux de mangues et courent vers les bus qui qui s'arrêtent là. Comme on m'a dit que je pourrais en cueillir directement sur les arbres en Casamance, je vais attendre encore un peu.

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Les mangues au carrefour

La route de Foundiougne ne doit déjà pas être très fréquentée en temps normal car elle est plus longue que la route principale passant par Kaolack et elle oblige à prendre un ferry. Aujourd'hui elle est carrément déserte, sans doute à cause du ferry qui ne fonctionne pas. J'ai déjà été averti deux fois du fait qu'il soit en panne. Mais on m'a dit aussi que des pirogues font le voyage et peuvent charger des motos. Donc je me lance sur cette route, en m'attendant à voir des beaux paysages de mangroves. Finalement tout ce que je récolte, ce sont des tons jaune, un vent de face et de fortes chaleurs.

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La route de Foundiougne

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Au final je n'aurai pas besoin d'utiliser les pirogues vu que les militaires offrent un service basique mais efficace pour traverser pour moins d'un euro, pour moi et mon vélo. Les sud-coréens de Samsung sont en train de construire une nouvelle jetée et je n’ai pas à attendre très longtemps avant de pouvoir embarquer pour la traversée longue d'1 km du fleuve Saloum.

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La future jetée de Foundiougne

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Sur le bateau

Une fois de l'autre côté dans la ville de Foundiougne, qui a la pire eau que j'ai pu boire au Sénégal, j'appelle les Frères Carmen pour leur annoncer que j'atteindrai leur couvent dans la soirée. C'était sans compter sur l'état de la route à venir...

De Foundiougne à Passy et Ndiafatte, la piste est peut être assez bonne pour les voitures, mais la surface ondulée m'empêche de dépasser les 10 km/h.

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J'arrive enfin, de nuit, après un parcourt de 160km, une très grande distance compte tenu du nombre de pistes que j'ai du emprunter. Le dernier obstacle de la journée consiste à repérer les éventuels serpents alors que je fait le tour de la clôture du couvent. Après leur accueil chaleureux, les frères sont censés observer le silence pour le soir, mais nous avons une conversation agréable et ensuite j'ai enfin droit à un sommeil bien mérité.



Pas beaucoup de vélo le lendemain: la journée est bien occupée avec une longue discussion au couvent et la visite de la saline de Kaolack. Les frères m'introduisent auprès de Matthieu qui dirige la production du sel puis nous partons en voiture au milieu des bassins de sel. Kaolack est situé sur la rivière Saloum, dans laquelle l'eau de l'océan remonte, ce qui fait du delta en environnement avec une très haute salinité.

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Récolte de sel

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Le sel est lavé et transporté vers le haut du tas pour le séchage

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Le sel séché est très dur, il est découpé pour être emballé

Afin d'atteindre la Gambie, du côté de Banjul, je dois revenir à Passy où j'étais hier. J'ai choisi de prendre un long chemin passant par Keur Soce, sur une toute nouvelle route pavée sur sa première moitié, le reste étant une piste. C'est un peu sableux mais mieux que la route détruite en attente de reconstruction.

J'avais repéré un campement à Passy. Je sais que ce ne sera jamais aussi sympa que de camper, mais y aller m'épargnera la recherche d'un endroit pour dormir.

Comme prévu, le campement est vide (basse saison). Le propriétaire n'est pas vraiment sympathique et il donne l'impression de ne pas vouloir de clients. Comme il fait déjà nuit je me contente de demande au restaurant voisin si je peux dormir dans le jardin. Marie, la cuisinière, accepte, et il se trouve qu'elle a hébergé un cycliste allemand il y a environ deux semaines. Ça doit être Johannes, que j'ai rencontré à l'ambassade libérienne de Dakar.

Je me suis fait la remarque qu'il est presque trop facile de voyager à vélo ici: même si j'attendais les dernières lueurs du jour pour chercher un endroit où camper, les gens ne me refuseraient jamais l'autorisation de camper à côté de leur maison. Et souvent, il me donne un seau d'eau pour la douche et/ou à manger.



Si je peux me protéger contre les mouches et les moustiques avec un filet, il y a en revanche peu de choses à faire contre la pire des perturbations pendant mon sommeil : il est 03h46 quand le coq perché sur une branche d'arbre presque au-dessus de ma tête commence à chanter. Un autre, quelque part dans le village, lui répond. Les chiens se joignent à cette fête nocturne et je dois attendre d'en avoir marre et d'être fatigué assez pour retrouver le sommeil et dormir jusque tard dans la matinée.

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Fédération des unions des groupements associés

Un sandwich au thon/oignon plus tard et je suis prêt à prendre la route jusqu'en Gambie. Je ferai étape à Sokone et Tambacouta, qui sont reliées par le même route défoncée qui joint Passy à Ndiafatte. Tambacouta est un village agréable, à l'orée du delta du Saloum, sur la rive sud cette fois. Il y a une importante infrastructure touristique mais, en raison de la basse saison, tout à l'air plus ou moins abandonné.

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En arrivant à Tambacouta

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Delta du Saloum

Je parcours les derniers kilomètres au Sénégal avant la frontière gambienne, mais je serai de retour en Casamance avant d'entrer en Guinée-Bissau. Un coup d'oeil sur la carte et la frontière gambienne révèle l'absurdité totale des divisions coloniales pour les populations d'aujourd'hui. Les tentatives pour réunir le Sénégal et la Gambie ont échoué.

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Nicht gucken, anfassen

En arrivant au poste frontalier de Karang, je suis poursuivi par un tas de dames, chacune transportant une grosse liasse de billets de banque. C'est parce que la Gambie ne fait pas partie de la communauté du Franc CFA. Je me débarrasse des dames mais du coup je rate le poste de police du Sénégal. La sortie se faite rapidement, mais pour l'entrée ce n'est pas la même chose : deux jeunes hommes sans uniformes m'annoncent qu'ils vont fouiller mes bagages derrière le bâtiment de la douane. Je ne transporte pas grand chose par rapport à ce qui peut être transporté dans une voiture, mais cela peut prendre un certains temps car ils regardent chaque sac méticuleusement. Ils veulent voir absolument tout. Ils font partie de la police (la secrète, sans uniforme), et ils font leur travail avec trop de zèle, en restant poli et sans demander aucun pot-de-vin.

Ensuite vient le sujet du visa : je savais que ce serait moins cher de l'acheter à la frontière plutôt qu'à l'ambassade de Dakar, mais on ne m'a jamais indiqué le bon prix. Sur internet, j'ai lu qu'on pouvait négocier jusqu'à 7000 CFA. Kuku, qui est passé avant moi, a payé 1250 dalasi. On me demande 1000 dalasi. C'est difficile de négocier le prix d'un visa avec les fonctionnaires, et je suppose que ça arrive surtout quand les gens veulent traverser la Gambie jusqu'en Casamance sans la visiter et qu'ils sortent le jour même. Dans ce cas, il existe un accord avec le Sénégal afin que les “passants” ne payent rien, mais la police gambienne fait payer un visa quand même. Il ne faut pas être devin pour savoir où atterri l'argent des visas achetés à la frontière...

Le plus étonnant est que les voyageurs qui arrivent en Gambie par voie aérienne n'ont pas besoin de visa (ou peut être dans certains cas particuliers). Enfin bon, les règles qui régissent ce visa gambien sont bizarres. Et tout compte fait, ça reste peu cher (1000 dalasi = 20€) comparé aux pays voisins.

J'étais en avance quand je suis arrivé au poste de police mais maintenant je me retrouve sur le territoire gambien à 19h40 et il va faire très sombre dans quelques minutes. Je n'aime pas entre dans un pays dans de mauvaises circonstances, et c'est précisément ce qui est en train de se passer. Il n'y pas d'endroit pour dormir et il fait trop sombre pour trouver un endroit où camper. Alors que j'essaie de m'extirper d'Amdalai, le village frontière, je réalise bien vite qu'il fait nuit et que je ne sais pas du tout où je vais.

Par chance, le premier homme que se tient à côté de la mosquée met fin à mon inquiétude en m'invitant sous son toit, où il m'offre des restes de thieboudienne (j'ai mangé plus de thieboudienne que toute autre chose depuis que je suis entré au Sénégal) et la chambre de son fils.

La famille de Keba est Wolof. Les parents ont grandi au Sénégal et les deux enfants en Gambie. Ce qui veut dire qu'ils parlent wolof ensemble, et que je parle français avec eux et anglais avec le fils. Content de passer la nuit en sécurité et de voir que Musa est très concentré pour rester premier de la classe à l'école, je passe la soirée avec lui pour réviser les divisions et faire des exercices de maths.

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Bienvenue en Gambie