Du changement dans l'air

Il est déjà tard lorsque je quitte Tan-Tan plage mais je maintiens mon objectif de pédaler dans le Sahara. Tarfaya est à 200km et la route s'annonce désormais plus "déserte", avec moins de cafés et de champs cultivés.

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El Ouatia / Tan-Tan plage



A priori ce n'est pas très motivant de faire du vélo dans le désert, avec un vent de face de surcroit, mais je trouve toujours quelque chose à apprécier. Au pire il y a toujours les bornes kilométriques, mais j'ai droit à des bonus aussi.

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Un bonus

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Une ancienne route, parallèle à la nouvelle

Je suis stoppé après seulement 30 km à un barrage de sécurité routière pour une vérification de mon passeport. Apparemment, tous les étrangers sont arrêtés et enregistrés, et visiblement ils accordent une attention toute particulière aux cyclistes. Tout en bavardant avec le gendarme nous passons en revue la liste de tous les étrangers récemment contrôlés, et j'apprends que les cyclistes les plus proches sont 2 français voyageant sur un vélo couché, passés ici il y a 10 jours.

Je n'ai même pas eu le temps de boire plus d'1.5L d'eau que je trouve déjà un endroit où recharger mes bouteilles, à Chbika, dans un point de contrôle qui possède une mini échoppe. Chbika est l'endroit où l'oued Chbika se jette dans l'océan Atlantique et on peut y trouver un grand panneau avec le logo d'Orascom (Égypte) annonçant l'arrivée future d'une ville de luxe. Pour l'instant il n'y a que des pierres et du sable. Il prévoient d'installer un Club Med et une visite sur le site officiel haut en couleur me fait bien rigoler. En effet, sur place, rien de plus que quelques silos de ciment et un camion en activité. Et il reste seulement deux ans avant l'ouverture officielle.

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Centre de vacance de Chbika…un truc en cours

Alors que j'approche de l'océan (la route est parallèle à la côte et située à 100m de celle-ci) je remarque qu'il n'y a pas de plage et que la côte n'est qu'une immense falaise. Elle plonge droit dans l'eau, 50m plus bas. Comme d'habitude dans ces cas là, quand j'ai enfin l'impression d'être dans un lieu inhospitalier et loin de tout, j'aperçois au loin une petit colonie de pêcheur installés au pied de la falaise.

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Sahara atlantique

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Oued Chbika

Le vent souffle toujours de face et ma vitesse stagne autour de 12km/h avec des pointes à 18km/h quand il s'arrête. Je passe le temps en repérant les troupeaux de chèvre, les chameaux et les camping cars. La route est rectiligne, mais pas tout à fait plate. Je trouve qu'il y a beaucoup d'oueds (rivières) venant de l'intérieur des terres, pour un désert. Étant donné que la route se trouve à 50 ou 100m au dessus du niveau de la mer, chaque traversée d'un oued l'oblige à descendre au niveau de l'eau et d'un pont, puis à remonter.

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Le désert s'effondre

Alors que je m'apprête à chercher un endroit pour camper, je tombe à nouveau sur deux stations essence. Je commence à réaliser que le Sahara est bien plus amicale et hospitalier que ce à quoi je m'attendais. J'ai lu des blogs où on conseillait de transporter entre 8 et 10 litres d'eau et jusqu'ici je n'ai jamais utilisé plus de 1.5L entre chaque point de ravitaillement. Il y a un magasin, un café, une mosquée,...tout ce qu'il faut. Il y a également un point de contrôle de la gendarmerie. Le gendarme me déconseille de rester vers les stations essence car ce n'est pas "sûr". Je devrais plutôt repartir 500m en arrière en suivant l'oued El Waaer et camper avec les pêcheurs.

Les deux pêcheurs vivent dans des huttes faites de morceaux de bâches en plastique et de bois et ils m'invitent à monter ma tente sur le sable à proximité. Nous nous mettons d'accord sur le fait de manger ensemble. En attendant je monte ma tente qui est déjà complètement mouillée à cause de la brise océanique et entourée d'insectes venus de nulle part.

Pour ceux qui ont déjà eu l'occasion de camper et de se réveiller avec leur sac de couchage infesté de fourmis, vous savez qu'il ne faut jamais s'endormir en laissant des sacs ouverts ou de la nourriture à portée des animaux. J'ai bien scellé mes sacs supposés être waterproof, mais j'ai l'agréable surprise d'y trouver une magnifique araignée des sable blanche.

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Euh, … Bonjour ?

Je prends le petit déjeuner avec les pêcheurs dans leur cabane plutôt bien aménagée. Mais ce ne sont pas des pêcheurs. Ce sont en fait des militaires. Ils me donnent leur rang, ce qui est dur a croire quand on les a en face de soi, et ils m'expliquent qu'ils contrôlent la cote.

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En fait il s'agit d'un poste militaire

Rien dans leur tenue ou leur logement pourrait me laisser penser qu'ils sont en service, a part l'uniforme militaire suspendu à l'intérieur. Ils ont pour rôle de s'assurer que nul ne part du Maroc ou d'autres pays d'Afrique pour rejoindre les iles Canaries, l'Espagne ou l'Italie. Les iles Canaries sont a un peu plus de 1 heure en bateau. J'avais entendu dire que l'Europe payait le Maroc pour leur faire contrôler les départs illégaux depuis leur côte, mais je ne m'attendais pas a ce que l'argent soit utilisé pour payer des gens a vivre dans des cabanes et a surveiller la mer.

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Ma tente sur l'Oued El Waaer

Ma journée suivante commence au barrage de gendarmerie de Oued El Waaer, avec un gendarme pas très sympa.


La route suit toujours l'océan et ne s'en éloigne jamais de plus de quelques dizaines de mètres. Depuis la route on ne se rend pas compte a quel point les falaises sont raides.

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Un bus sur la route

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Un spot de pêche

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Un grand trou (sans lien avec une activité minière)

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Je parcours rapidement les 25km jusqu'à Akhfenir, une ville située à mi chemin entre Tan-Tan et Tarfaya, que je voulais atteindre hier. Cette ville est l'endroit parfait pour couper en deux ce voyage de 200km et, encore une fois, pour une ville dans le désert, on y trouve tout ce qui est nécessaire. Akhfenir est suffisamment petite pour tenir le long d'une unique route principale, mais assez grande pour avoir plus de 20 ou 30 restaurants. Bien qu'il soit encore tôt pour déjeuner je choisi un restaurant où je peux choisir mon poisson dans la chambre froide. Le Maroc se transforme en paradis du poisson et les boulettes de viandes kefta sont maintenant de l'histoire ancienne. Il y a même un hôtel avec la 3G ici. Mais ce n'est pas une raison pour s'attarder dans le coin et je pars pour Tarfaya, située à 100km. Au même moment, huit bus remplis de militaires s'arrêtent à Tarfaya pour le déjeuner.

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On peut tout à fait évaluer la présence humaine en observant la quantité de déchêts présent dans la nature

Juste à la sortie d'Akhfenir commence le Parc national de Khenifiss. Je n'en attends pas beaucoup, sachant que ce n'est rien de plus qu'une route déserte et l'état de panneau signalent l'entrée parle de lui même.

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Parc national de Khenifiss

Cependant, la route est plus agréable que d'habitude. Il y a de nombreuses dunes de sable (ce qui est beaucoup plus agréable que les pierres sur un terrain plat) et une lagune. La lagune est en partie asséchée et on peut voir des traces de sel blanches sur le fond.

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La lagune de Khenifiss

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Plus de sable

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Le sable aidant, j'ai cette vraiment le sentiment d'être dans un véritable désert. La zone de sable se termine lorsque que j'atteins la limite sud du Parc National de Khenifiss. La route est très ennuyeuse pour les conducteurs faisant le voyage de 500 km ou 1000 km jusqu'à Laayoune ou Dakhla. Il a de longs tronçons de route droite reliées par de légères courbures. Presque tous les virages sont indiqués par un panneau, complètement inutile, sauf si le conducteur est assez assoupi ou assez ivre pour avoir trèèèèès long temps de réaction.

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Tous les virages de la route sont indiqués

Il y a café routier 60km après Akhfenir, ce qui me permet de limiter ma plus grande distance parcourue sans eau jusqu'à présent. J'ai encore 25 km à faire jusqu'à Tarfaya mais ça ne sera pas pour ce soir. Si seulement le vent soufflait dans le bon sens …

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Les bornes me rappellent tous les kilomètres que le désert est long. Lagouira est la ville plus au sud du Maroc

À ma droite, entre la route et la côte, le terrain est occupée par des maisons tous les kilomètres. Elles sont toutes de la même taille, ont la même structure, le même réservoir d'eau sur le toit et la même position…ça ressemble à un truc de l'armée.

Et bingo, quand les hommes d'une de ces maisons me font signe de venir les voir, j'apprends qu'ils appartiennent en effet aux forces auxiliaires de l'armée et qu'ils surveillent la côte. Cela se passe juste quand le soleil se couche et me force à trouver un endroit pour camper, du coup je ne perds pas de temps à chercher et j'installe ma tente juste à côté de leur maison.

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Je n'ai pas mis mes gants aujourd'hui. Le peau de peau exposée est rouge.

Ils disent que la côte est gardée de cette façon chaque kilomètre jusqu'à Boujdour, qui est 300km plus loin. Ils vivent à 3 ou 4 dans ces maisons standards, avec 2 chambres, une petite cuisine et un petit WC/douche. Leur boulot est le même que celui des hommes d'hier soir: surveiller la côte à la recherche de bateaux d'immigrants illégaux. Ils disent que ce sont principalement des africains du Sénégal, du Mali et des pays plus au sud, qui prennent la mer à 20 ou 30 dans un Zodiac jusqu'aux îles Canaries. Je ne peut pas voir ces îles éloignées de 100km, mais quand vient la nuit, la pollution lumineuse de Lanzarote ou de Fuerteventura devient apparente.

Je ne peux pas faire un festin de mes tomates, pain, pâtes, concombre, mortadelle (dégoûtante), lait, ainsi que je pensais le faire pendant tout cet après-midi, pour la simple et bonne raison qu'il m'invitent à dîner avec eux et qu'ils refusent de partager ma nourriture. Je transporte bien trop de nourriture sur cette route du Sahara si densément peuplée. Du coup nous mangeons tout en regardant le match Rennes – St. Etienne. Nous sommes dans le désert, mais ils ont un panneau solaire qui alimente 2 télévisions pendant la nuit et une carte pour avoir accès à de nombreuses chaînes. Al Jazeera a au moins 10 chaînes sportives diffusées ici et nous pouvons regarder les matchs de football de presque n'importe quelle Ligue européenne.

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Coucher de soleil sur la côte de Tarfaya

Le football est grand et l'officier connaît beaucoup de joueurs de la Ligue 1 française. Je dirais que les chances d'atteindre illégalement les Canaries sont décuplées un soir brumeux d'un clasico Real Madrid – Barcelone. Le seul qui travaille vraiment est le chien, qui aboie au moindre mouvement détecté. Certaines étoiles sont déjà bien haut dans le ciel, comparé à certaines nuits précédentes à la même heure. Les températures sont juste ce qu'il faut pour faire du vélo, et j'ai besoin de ma veste uniquement le soir.

Je reçois une visite surprenante pendant la nuit. Alors que suis sur mon ordi portable, les officiers de la gendarmerie royale viennent me voir dans ma tente. Ils me demandent mes coordonnées GPS et ma « fiche ». Ici, bon nombre de fonctionnaires s'attendent à ce que les étrangers leur fournissent une « fiche », qui est une photocopie du passeport ou un simple document reprenant les informations de passeport, ce qui leur évite d'avoir à le copier. J'ai fait quelques photocopies mais je n'en donne pas (pour le faire tout les 30 ou 50 kilomètres, j'aurais besoin d'au moins une 20aine de photocopie) car le processus de recopie du passeport est généralement assez rapide. Cette fois il fait nuit et je suis nu dans ma tente, c'est le bon moment pour donner ma fiche et les laisser s'en aller. L'officier de l'armée les a appelés afin d'assurer que je sois en sécurité. J'ai tout d'abord été surpris et ennuyé d'être suivi et enregistré plusieurs fois par jour. Mais ils répètent constamment que je suis en sécurité dans le Sahara et qu'ils assurent ma sécurité, et cela de façon très polie et avec la plus grande attention. Au final ça fait du bien d'être aussi bien traité par les autorités.

Toutefois, ces autorités étant ce qu'elles sont, elle ne sont pas toujours très capables de répondre à une question commençant par “Pourquoi”. Je ne sais pas pourquoi, mais un officier reviens plus tard pour me faire éteindre ma lampe frontale. Et plus tard il revient m'ennuyer pour me dire d'éteindre mon ordinateur, surement parce qu'il a vu la lumière depuis l'extérieur. Tout cela fait que je prends du retard pour trier mes photos et écrire le blog.

Le matin, nous petit déjeunons ensemble avant que j'aille visiter l'épave sur la plage. Selon l'armée, c'est un bateau utilisé pour l'immigration clandestine. Quand j'arrive sur place, je découvre que c'est Winnie l'Ourson qui est malheureusement échoué …

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Winnie l'Ourson est coincé

Mon objectif ambitieux est la grande ville de Laayoune, capitale du Sahara occidental, à 125 kilomètres. Je dois tout d'abord arriver à Tarfaya au cap Juby, puis faire un 90° à gauche et aller vers le sud. Je compte sur le fait que le vent de face disparaîtra après ce virage et que je serai en mesure d'approché une moyenne de 20 km/h.



Alors je pars tôt et motivé, toujours contre le vent. Je suis stoppé après 3 kilomètres seulement, pour recopier mon passeport. Cette fois-ci ce sont les forces auxiliaires, en collaboration avec la gendarmerie.

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Sur le chemin de Tarfaya

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Les hommes du point de contrôle m'attendent

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Un des nombreux logements militaires pour surveiller la côte

J'arrive à Tarfaya vers midi comme prévu. La météo n'est pas bonne et l’atmosphère à Tarfaya peu accueillante. La ville à l'air soit en construction, soit en train d'être démolie, mais dans tous les cas c'est très laid. Le centre ville de cette endroit de 5000 habitants est minuscule mais ils ont du chocolat Milka, donc ça me va.

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Entrée de Tarfaya

Je m'assieds dans un café pour manger une de mes quatre tablettes de chocolat, supposée me donner de l'énergie pour le reste de la journée. La pluie se met à tomber au même moment. Je regarde la pluie tomber sur cette ville sombre, sachant que je vais devoir prendre la route sous la pluie. Un gendarme s'approche me demander mon passeport. À ma réponse “pour la 3e fois à moins de 25 km?”, il passe un appel téléphonique, énumère tous les détails de mon passeport et me souhaite un bon voyage. Des deux routes quittant Laayoune, la N1, la route principale à l'intérieur et la plus petite route côtière, il conseille me prendre la principale car elle est meilleur, sans sable et il y a moins de camions. Cela ressemble à un gros mensonge “pour ma sécurité”. Mais de toute façon, le vent et la pluie venant de l'Ouest, je pense prendre la route principale en espérant avoir moins de pluie.

Heureusement la pluie ne dure pas, et je fais un petit tour dans cette petite ville. Il y a un petit monument en l'honneur de Saint-Exupéry qui a été nommé gestionnaire de la station en 1927 quand Tarfaya était sur la route empruntée par l' Aéropostale.

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Monument de Saint-Exupéry

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La Casa del Mar est un poste de traite britannique construit au XIXe siècle, avant que les Espagnols s'emparent de la région (et le gamin énervant demande un dirham)

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Apparemment, la Casa del Mar était reliée au continent via un pont de pierre dans le passé

Le nord de la ville est interdit aux visiteurs. On dirait qu'il est fortement occupé par l'armée. Le port de Tarfaya est accessible ouverte, mais présente peu d'intérêt. Ma dernière “chose à voir” avant de partire en direction de Laayoune, est l'épave du ferry qui faisait le voyage entre Tarfaya (Maroc) et Fuerteventura (îles Canaries, Espagne).

L'épave repose depuis 2008 près de la côte à 2km au sud de Tarfaya, le long de la route côtière. Cette route nouvellement construite et entièrement goudronnée relie Tarfaya à Foum el Oued, évitant ainsi Laayoune. Quand j'arrive à l'épave, je n’ai plus envie de faire demi-tour pour revenir à la route principale N1 menant à Laayoune, alors je continue tout droit. Ce qui devrait faire quelques kilomètres supplémentaires, mais devrait aussi être beaucoup plus calme et plus pittoresque que la route intérieure.

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La réponse la plus proche à “ y at-il une liaison par ferry entre le Maroc et les îles Canaries? ”

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Tarfaya – ferry de Fuerteventura. La légende dit que de très belles voitures sont bloquées à l'intérieur.

La route est agréable et comme prévu, beaucoup plus calme que l'axe principal. Le commentaire un peu difficile à croire du gendarme était bien un mensonge. Les “dangereux” sables recouvrant la route, qu'il a mentionnés, n'empêchent pas les quelques camion de passer, alors ils ne vont pas arrêter mon vélo. Il y a toujours les mêmes maisons de l'armée située tout les kilomètres le long de la côte. Vu le nombre de personne qui y vivent, il est impossible de manquer d'eau le long de cette route traversant le Sahara.

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La route côtière Tarfaya – Foum el Oued

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Entre Tarfaya et Laayoune, je devrais rencontrer la frontière contestée du Sahara occidental. Je m'attends à un énorme poste frontière avec une forte présence armée, mais il n'y a rien de tel. Il n'y plus ni moins de présence militaire qu'à Tan-Tan. Et cela ressemble toujours autant au Maroc.

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Version repas

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Version cyclisme

Quand je me rends compte que j'ai changé vitesses deux fois au cours de la dernière heure, je comprends que le vent s'est enfin décidé à m'aider, après 400 km de vent de face. Je ressens un sentiment de bonheur assez spécial. C'est un peu comme si quelqu'un avait soudainement réparé les jarres percées des Danaïdes. Cela ne change rien à mon entreprise, je dois toujours pédaler, mais je me sens beaucoup mieux. J'atteins des vitesses moyenne supérieures à 25 kilomètres/heure, mes jambes se déplacent librement et plus rapidement, les kilomètres s'accumulent plus vite … le vent n'est pas aussi fort que quand je l'avais de face, mais le fait de l'avoir juste un peu dans le dos représente une grande différence, qui m'affecte aussi bien mentalement que physiquement.

Le soleil est de retour également, et je me sens à nouveau d'humeur à prendre des photos.

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Pour célébrer le vent dans le dos

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Petit jogging dans le Sahara pour maintenir un bon équilibre et avoir une vie saine

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La belle route dans les dunes de sable

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Un grand moi

Le bonheur ne fait cependant rien pour me soulager de la pression que je me suis auto-imposé pour rejoindre Laayoune, et qui se traduit par l'obligation de maintenir une moyenne de 20 km/h au cours des 6 heures de l'après-midi. Parfois les chiens des baraquement de l'armée aboient à mes côtés. Ils n’ont par l'air dangereux et, comme nous avançons à la même vitesse, je m'amuse à les emmener aussi loin que possible de leur maison.

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Sous le sable, des fossiles dans le sol

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Je maintiens une moyenne de 27 km/h pendant un certain temps dans ce joli décor, entre les dunes et l'océan, les postes de l'armée et les cabanes de pêcheurs. Il y a un point de contrôle de la gendarmerie environ 30 km avant Foum El Oued. Ils me demandent où je vais mais ne prennent pas mon passeport pour noter les informations y figurant, et ils ajoutent pour rire que ce n'est pas nécessaire car ils vont me suivre. Je plaisante aussi en leur disant de prendre un vélo et de me suivre.

En fait ils ne plaisantaient pas du tout. Ils ont grimpé dans 4x4 et m'ont suivi en roulant à 25 km/h. J'avais la pression pour atteindre Laayoune avant la nuit, et maintenant j'ai la gendarmerie royale qui me suit. Ils s'arrêtent même juste derrière moi quand je fais une pause chocolat ou quand je prends un chameau en photo.

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La fin de la “petite route” près de Foum el Oued

Il y a un dernier point de contrôle à Foum El Oued lorsque je rejoins la route principale, la N1 entre Laâyoune et Boujdour. Ils me disent qu'il y a encore 16 km à faire jusqu'à la capitale régionale. Il est 19h00 et j'ai déjà dépassé mon objectif ambitieux. Maintenant, je veux juste que ça s'arrête. La voiture de gendarmerie me suit toujours. Même si ils ont un peu gâché le beau paysage sur les 30 derniers kilomètres, ils sont maintenant très utiles parce que c'est la nuit et qu'ils m'emmènent jusqu'aux premières lumières de la ville (où la zone est contrôlée par la police de la ville et non plus par la gendarmerie), m'épargnant ainsi la circulation de la 2×2 voies. Finalement j'ai parcouru 160km aujourd'hui, au cours desquels 130 ont été pédalé entre 13h et presque 20h. C'est 40km de plus que mon calcul initial et je n’avais pas prévu que le fait de prendre la route côtière allongerait autant le parcourt. Je n'aurais jamais atteint cette destination sans un petit coup de pouce de la part du vent.

Après autant de désert, je suis presque choqué en entrant dans Laayoune. La ville est très animée, la très longue route la traversant est pleine de lumières et de restaurants. Les trottoirs sont remplis de badauds et de gens buvant du thé dans les cafés. Beaucoup de filles sont habillés de façon moderne et attrayante. Mes jambes sont complètement mortes et mes mains, sans gant, sont brûlées (c'est un test réussi).

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Essence subventionnée au Sahara occidental (0,55 € pour le diesel de 1 L)
(Malheureusement pour moi, les tablettes de chocolat ne sont pas subventionnées)

Laayoune, ou El Aaiún, une grande ville de 200 000 habitants, était la capitale du Sahara espagnol. C'est maintenant la capitale du Sahara occidental, c'est-à-dire de la République arabe sahraouie démocratique tel que défini par le Front Polisario, ou la capitale de la région équivalente du Maroc, cela dépend de comment on voit les choses. En bref, lorsque le régime espagnol de Franco s'est affaibli vers 1970-1975, les habitants du Sahara, les Sahraouis, dirigés par le Front Polisario , voulaient un pays indépendant. Les Nations Unies mandatées ont donné un avis allant dans ce sens. Mais le Maroc et la Mauritanie voulaient annexer cet immense territoire ayant plus de 1000 km de côte. Il fut finalement décidé en accord avec l'Espagne de “partager” le Sahara entre le Maroc (deux tiers) et la Mauritanie (un tiers). Face aux protestations et à la hausse de la violence, la Mauritanie a renoncé à sa nouvelle région et le Maroc occupe totalement le Sahara occidental. Pour faire face aux opposants, le Maroc a envoyés des centaines de milliers de soldats (en commençant par la Marche verte) dans la région et à fait construire le Mur marocain, une frontière longue de 2 700 kilomètres et faite de pierres, de clôtures et de mines terrestres, pour délimiter le Sahara occupé de la “ zone franche ”, une étroite bande de terre située près des frontières avec l'Algérie et la Mauritanie, où les membres du Polisario et les Sahraouis sont bloqués. D'après les différents chiffres, au moins 100 000 soldats marocains sont postés là, un nombre semblable à celui des Sahraouis qui sont tenus à l'écart de Maroc.

D'un autre côté, le Maroc investit beaucoup dans la région, apportant de l'argent et des gens, et il donne de nombreux avantages aux Sahraouis (qui sont en fait une minorité sur leur terre revendiquée), avec des quotas dans l'administration, les entreprises, les écoles, des entreprises non imposables, l'essence subventionnée et des produits de base comme le sucre.

J'ai rencontré autant de sahraouis indépendantistes (pour la plupart pauvres) que de sahraouis pro-Maroc (qui ont en général un bon emploi gouvernemental). Tous les Marocains considèrent le Sahara occidental comme partie intégrante du Maroc. Dans le reste du monde, certains pays reconnaissent le Sahara occidental, d'autres(y compris les plus influents) non. Je me suis laissé dire que l'Algérie, l'ennemi légendaire du Maroc et de l'Espagne (qui possède encore des territoires à la géographie surprenante dans les terres marocaines, comme Ceuta, Melilla et les îles Canaries), soutient le Polisario. D'un autre côté, il y a la France, avec son pouvoir de veto inestimable à l'ONU, qui entretient de bonnes relations d'affaires avec le Maroc. Au milieu de tout ça il y a la mission des Nations Unies, le MINURSO. Je ne sais pas trop ce qu'elle fait mais je vois souvent un 4x4 de cette même mission sur les routes ou stationné en face des quelques hôtels multi étoilés de la région.

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Le souk aux animaux de Laayoune

Eh bien, il y a beaucoup de choses à dire à propos de la situation mais je ne peux qu'être inexact et dire des choses fausses. Mon opinion est qu'on aura une bien meilleure idées des enjeux lorsque la présence de pétrole, d'uranium et d'or dans le sous sol du territoire contesté sera confirmée ou infirmée. De ce que j'ai compris des indépendantistes Sahraouis, les ressources naturelles du territoire (aujourd'hui, poisson, fer et phosphates) suffiraient à donner un bien meilleur niveau de vie aux Sahraouis si elles n'étaient pas gérées par les marocains. Et si jamais on trouve de l'uranium et de l'or, leur population de taille réduite pourrait se prendre à rêver à être la prochaine Dubaï.

Dans la pratique, je n'ai pas vu ou ressenti de tensions à Laayoune. Les gens mangent à l'extérieur et ont l'air de profiter de la vie. La présence marquée de l'armée ne gâche pas l'expérience touristique. J'ai été guidé par Abdou, avec qui j'ai partagé de nombreuses discussions intéressantes, ainsi que son incroyable hospitalité et de la viande de chameau. Selon lui, s'il y a tellement d'endroits pour manger dehors à Laayoune, c'est parce qu'il y a beaucoup d'hommes célibataires qui viennent ici depuis “l'intérieur du Maroc” pour le travail (subventionné) ou pour l'armée. La population a plus que doublé entre 1982 et aujourd'hui.

Après une journée de repos, je peux prendre la route à nouveau pour plus de désert.