Le combat contre le vent

Je quitte Nkob en fin de matinée et la chance me tourne le dos d'entrée: le vent souffle et il va contre moi. Exactement contre moi. Je revois mes ambitions à la baisse et décide d'aller seulement jusqu'à Agdz.

Je n'ai d'autre choix maintenant que d'aller vers l'ouest jusqu'à la côte, puis vers le sud en empruntant la seule route du Sahara. La lutte avec le vent, une lutte désespérée et inévitable à vélo, pourrait durer longtemps …



C'est à la sortie de la ville que je rencontre le plus étrange des cyclistes: il traine dans les environs, entre la côte et Errachidia, sur un vélo décoré avec pleins de ceintures, un ours en peluche, un panneau de limitation de vitesse, une roue de rechange et un tamagochi. Toutes sortes de gadgets reçus de la part de touristes. Il n'empêche qu'il est convenablement équipé, avec un réchaud à gaz ainsi qu'une tente et des couvertures.

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En roue libre

Le paysage me donne une impression de déjà-vu : une longue ligne droite de route goudronnée au milieu d'une vallée entourée de montagnes érodées, quelques maisons et des palmiers ici et là. Et toujours ce vent qui me cloue au sol et me fait avancer à une vitesse ridiculement basse.

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La route N12

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Le Maroc pourrait posséder 85% des réserves mondiales de phosphates

Je suis doublé en permanence par des 4L. C'est le 4L trophy qui est en route pour Zagora ou Ouarzazate.

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Je n'arrive même pas à atteindre Agdz et je m'arrête 10km avant pour camper dans une palmeraie. Cette vallée du Draa est fertile et magnifique. Les enfants sont à nouveau "normaux", je peux jouer au foot avec eux (même si ils ne connaissent pas Henry et Trezeguet, pour eux c'est Benzema et Messi) sans qu'ils me réclament un dirham. Je ne m'embête pas pour le dîner et je mange ma boîte de 1kg de dattes achetée auparavant sur la route. C'est une délicieuse façon de faire de grosses réserves de sucres.

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Camping dans la palmeraie

Le lendemain commence de la même façon que la journée précédente s'est achevée. Du soleil, du vent, des dattes, et des 4L. J'ai bien dormis et au chaud, étant donné que je suis repassé sous la barre des 1000m.

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Entre le moment où je quitte les palmiers et celui où j'arrive à Agdz, je me fait à nouveau doubler par les 4L sponsorisées du 4L Trophy. Elle surpassent aisément en nombre les voitures locales.

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4L Trophy

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Bab el Oued

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Arrivé à Agdz

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Marché aux dattes d'Agdz

Après Adgz, je quitte la route principale menant à Ouarzazate et continue plein ouest vers Tazenakht. La bonne nouvelle est que la route est goudronnée alors qu'on m'avait annoncé une piste empruntée par les camions de transport de phosphates. La mauvais nouvelle c'est le vent, qui est toujours contraire. C'est frustrant car cela induit une plus grande fatigue pour une distance parcourue amoindrie.

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Paysage sec et vent de face, pas très motivant

Dégouté de la route, je fais un petit test en me retournant pour partir dans l'autre sens sur quelques mètres. Le verdict: même pas la peine de pédaler sur le plat, le vent suffit à me faire avancer. Malheureusement c'est juste un test, pas une solution. Je dois avancer dans la direction de la côte.

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J'ai camp dans le lit d'une rivière asséchée sur des alluvions, dans une partie où il y a plus de sable que de petites pierres. C'est à peu près abrité du vent de chaque côté, mais ça reste quand même froid et bruyant.

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J'ai un peu de mal à plier la tente le matin suivant. Le vent, qui a soufflé toute la nuit, me rends la tâche difficile. Cette fois-ci il n'est cependant pas complètement opposé à la direction dans laquelle j'avance, et il est un peu moins fort que les jours précédents, du coup le journée commence pas mal.



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Je passe à proximité de la mine de cobalt de Bouazzer / Bou Azzer. Parfois, la route ne vaut pas mieux qu'une mauvaise piste, et les aller retours des camions n'arrangent pas les choses.

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Mine de cobalt Bouazzer

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Mine de cobalt Bouazzer

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Le paysage lunaire m'accompagne gentiment jusqu'à Tazenakht, ville située sur la grande route N10 et que j'atteins vers midi.

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Panneaux manquants

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J'ai eu le temps de me lasser du paysage: à ma droite et à ma gauche, des pierres. Sans oublier le vent qui souffle contre moi. Lorsque, une fois à Tazenakht, je passe à coté d'un endroit avec des tables installées à coté d'un rôtissoire à poulet, il n'en faut pas plus pour que je m'arrête. Ni une ni deux, on me sert un poulet entier (version XXL), du riz, des frites, du pain et du jus d'avocat (ma nouvelle drogue, ça peut remplacer un repas à lui seul). C'est à peu près le double de ce que les autres clients commandent pour partager entre 2 ou 3 personnes, mais je réussi à tout engloutir, à l'exception d'une aile et d'une cuisse. Je ne pensais pas avoir aussi faim, mais le vent doit à du faire son œuvre.

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Je quitte Tazenakht pour une autre longue route déserte

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Je dois me couvrir entièrement pour éviter de brûler

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Voici le sort réservé à ceux qui ne se couvrent pas la tête

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Après Tazenakht la route consiste en une longue ligne droite et déserte de 85km jusqu'à Taliouine. Le vent pointe à nouveau le bout de son nez, et il souffle toujours de face. Cette fois il fait frisquet, avec quelques cols situés au dessus de 1800m. La nuit arrive plus tard désormais, entre 18h30 et 19h00. Je ne suis pas aussi près de Taliouine que je le souhaiterais, et je ne souhaite pas passer une mauvaise nuit à écouter ma tente claquer au vent. Il n'y a nulle part où se mettre à l’abri du vent mais, par chance, je trouve un abri à chèvre à 300m de la route. C'est une petite baraque ouverte, faite de pierres. Cela suffit à isoler du froid et à créer une différence de température notable. J'installe ma tente à l'intérieur pour plus de confort.

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Un environnement dépourvu d'abris

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Ma maison pour une nuit

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Après une bonne nuit je finis mon poulet afin d'engranger un peu d'énergie pour finir la petite ascension jusqu'à Tizi n’Zbein, située à 1900m. La route est plutôt plate, mais l'altitude fait que l'atmosphère est froide.



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Avec un puit

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Sans puit

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Le panneau de signalisation pour dos d'âne indique en fait des nids de poule. C'est vrai qu'ils ont le même effet...

Il y a ensuite une longue et agréable descente jusqu'à Taliouine, au cours de laquelle je perds 500m d'altitude, que je vais devoir regrimper plus tard pour monter à Igherm. J'aperçois des sommets enneigés pas trop loin. Ce pourrait être le jbel Toukbal et ses 4167m, le point le plus élevé du Maroc et de l'Afrique du nord.

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Descente vers Taliouine

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Taliouine

À l'entrée de Taliouine se trouve la maison du safran, encore un autre magasin qui se fait passer pour un musée/exposition afin de vendre au double du prix par rapport à d'autres petites boutiques situées à proximité. Mais il vaut le détour pour goûter le thé au safran. La dose est de 12 stigmates accompagnés de feuilles de thé dans un pot d'1L. Ça à l'air fort. Et ça l'est.

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Un chevreau, perdu dans la ville

J'en achète quelques grammes pour faire de thé plus tard. Le safran rejoint donc la chiba dans ma collection d'herbes qui "guérissent tout". Si la petite boîte d'un gramme à 17dh (1.5€) contient le même produit qu'on trouve en France à 30€/g, ce business doit être encore plus profitable que celui du Rif. Il faut environ 150 fleurs pour produire 1g.

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A Taliouine, tout port le nom de Safran

Après Taliouine, je quitte la route principale pour rejoindre la côte non pas à Agadir, considérée comme un lieu de retraite pour les vieillards blancs par les cyclistes que j'ai rencontrés, mais plus au sud, par l'intermédiaire de Tiznit. Cette route me mènera à travers Igherm et Tafraoute pour un dernier tour dans les montagnes. Après tout, il n'y aura plus beaucoup de relief dans le reste de l'Afrique, alors je ferais d'en profiter tant qu'il y en a encore.

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Dès que je bifurque, la fréquentation de la route diminue drastiquement et le vent en profite pour se lever. L'information selon laquelle le vent se lève l'après midi et souffle depuis la côte vers l'intérieur des terres semble donc avérée. La route est plutôt déserte. Je croise seulement quelques douars, des villages sans magasins, l'équivalent de nos lieu-dit. Dans la vallée il y a des tentes de nomades tous les kilomètres, ce qui explique que je puisse régulièrement apercevoir des moutons et des chèvres au milieu des rochers.

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Ces gros insectes laids envahissent l'asphalte

Le soleil suivant, sa course est/ouest, vient se placer en face de moi au cours de l'après midi. Je tient une heure sans chèche avant de commencer à brûler. C'est vraiment un accessoire indispensable sur de telles routes.

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Comme J'approche les 100km je continue à pédaler tard dans la journée. Il est 18h30 quand j'atteins le petit village d'Azaghar n’Irs. Je n'ai pas d'autre choix que de demander si je peux camper dans les parages. Il y a un seul magasin ouvert où je peux trouver des gâteaux et des bonbons. J'en profite pour me rattraper sur le chocolat. Enfin j'essaie, car je n'arrive même pas à finir ma tablette de chocolat Maruja, qui ressemble à tout sauf à du bon chocolat (on dirait bien que l'Espagne n'exporte que des produits au rabais). Tous les enfants du village se retrouvent dans ce magasin pour acheter des bonbons et des gâteaux. Ce sont les même que l'on croise sur la route en train de quémander des bonbons et des dirhams à tous les étrangers...

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On m'autorise à rester dans la grand cour vide du souk mais, alors que je monte ma tente, Hassan le garde s'approche et me dit de la replier. Il m'emmène à la mairie dans une salle de garde inutilisée. Nous discutons avec d'autres gens d'ici puis je m'écroule et dors profondément.

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