La route des fossiles

Je vais dire un dernier adieu aux dunes de sable en m'approchant au plus près sans pour autant m'enfoncer dans le sable. Les guides Touareg ont l'air triste. N'ayant personne à harceler ils prennent leur mal en patience en cette longue journée ensoleillée. C'est la saison morte et Merzouga à l'air morte aussi.

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Dunes de sable de Merzouga

Ma prochaine destination est le Haut-Atlas. Ça peut vous paraître étrange, que je sois passé par les montagnes, le désert, à nouveau les montagnes, et à nouveau le désert. Mais je n'ai pas vraiment effectué un aller retour à proprement dit. Je vous expliquerai plus tard ma stratégie concernant mon itinéraire.


Je retourne donc à Erfoud, là où j'ai quitté ma route pour faire ce petit écart jusqu'à Merzouga. En tout j'ai fait 120km, aller retour, pour voir les dunes et le désert. C'est plus que ce que j'avais imaginé de prime abord.

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Une piste menant aux dunes de sable

Je suis le témoin pour la première fois d'une mini tornade de sable, que j'aperçois depuis la route, et qui tourbillonne à 200m de là. C'est beau à voir à cette distance, mais je ne sais pas ce que je ferais si elle venait à me rattraper. Je croise également pour la troisième fois (seulement) des cyclotouristes, en provenance de la Hollande.

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Tornade de sable

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Sur cette route, je vois autant de panneaux “fossiles et minéraux” que de panneaux indiquant des hôtels de luxe. Je visite un de ces endroits, habilement déguisé en musée, et on me présenté tout un tas d'os et de répliques de dinosaures. Le gars me dit que dans la région d'Imilchil, dans l'Atlas, on trouve facilement des os, des dents de requins ou encore des fossiles. Et les européens viennent pour faire de l'export de façon illégale. Taouz et Dakhla, dans le Sahara Occidental, dont d'autres sites également connus pour regorger d'ossements.

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Il règne sur la route un léger vent qui change de direction régulièrement. A Erfoud je prends à gauche en direction de Tinherir/Tinghir, située au pieds des montagnes du Haut Atlas. Le désert c'est marrant jusqu'à un certain point, mais l'étonnement face au paysage s'évapore rapidement. Pas comme quand on roule sur une petite route dans les montagnes enneigées où l'on ne s'ennuie pas une seconde. Je me trouve un bon endroit pour camper, dans une zone cultivée près de Jorf, sur du sable dur. Cette nuit à la belle étoile est l'occasion pour moi de réviser les constellations.

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Un âne sans maître me rends visite alors que le soleil levant me réchauffe le dos. Après avoir remballé et pris la route pour une longue étape, passant par la ville de Jorf, je me fais harponner pour boire un thé dans une cabane de berbère à un endroit où même les grand bus remplis de touristes, probablement en route de Ouarzazate vers Merzouga, font un arrêt. Les cabane des berbères ont des panneaux imitant ceux que l'on trouve sur l'autoroute pour indiquer une aire de repos. Ce sont des cabane de nomades des montagnes qui, durant l'hiver, vivent dans les plaines où il fait plus chaud et vendent, entre autres, des fossiles ramassés et polis au cours de l'été.


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Erfoud – route de Tinghir

Les cabanes sont rassemblée autour des puits d'eau (qu'on appelle Rhettaras). Ici le désert est parsemé de digues de sable, qui ne sont pas là juste pour faire joli.

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Les rhettaras

On m'explique qu'ils datent du 2ème siècle, et font partie d'un système d'alimentation d'eau souterrain. A cette époque les gens les ont construits pour transporter l'eau depuis une source dans les montagnes voisines. Celle-ci disparaît sous la terre pour réapparaitre dans une palmeraie que j'ai croisée il y a peu. Si ils ont effectivement creusés à la main des trous de 20m tous les 20 mètres, sur des kilomètres, cela représente une énorme quantité de travail pour ne pas avoir à utiliser de tuyau. Tout ces trous étaient nécessaire pour extraire le sable et ils sont toujours utilisés pour la maintenance.

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La route est déserte et il y a peu de chances pour que je trouve un endroit où manger. Je devrai me contenter de ce que je pourrai trouver dans les petites échoppes des villages. Deux délicieux gros pains ronds (les khobz change tous les 100km, les meilleurs jusqu'ici étant ceux d'Erfoud), une conserve de poisson avec assez d'huile dedans pour en tartiner tout le pain, 2 yaourts, un demi kilo d'olives fraiches avec des cornichons et des épices, un nouveau fromage (j'ai enfin trouvé autre chose que de la Vache qui rit: un gros Babybel espagnol qui a mauvais goût et qui n'a même pas de système d'ouverture pour ôter la cire), tout ça pour 4€. Cela sera suffisant pour 2 repas.

Je suis assis en train de siroter un thé de chiba et j'observe la route. Le Maroc est un pays fait pour le camping-car. Les écoliers traversent le village sur leurs vieux vélos. Beaucoup sont de la marque Peugeot. Concernant les voitures, il n'y a pas autant de Mercedes que dans le nord, et je vois beaucoup de Renault Kangoo par ici.

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Je me remets en selle pour une autre grande portion de vide. Il me faut juste me couvrir la tête, débrancher mon cerveau, et pédaler.

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Un autre genre de fossile

Cela continue jusqu'à ce que je rejoigne la N10, où je m'offre un Coca Cola en guise de récompense. J'ai pour habitude de boire de l'eau mais après tout ce temps passé au soleil un truc frais et sucré me convient parfaitement. Il y a là un marchand de jus de fruit qui expose sa collection de cartes postales. Elle ne sont pas à vendre, ce sont les gens qui visitent son magasin qui lui en envoient par le suite et il les accumule. Et bien que son café soit situé dans un lieu sans attrait particulier, il en a un sacré paquet. De la dune du Pyla, d'Israël, du Sri Lanka, d'Afrique du Sud... toutes triées par pays d'origine. Il parle un peu le suisse allemand, et c'est toujours aussi moche à entendre, encore plus dans le désert. Et c'est déjà la deuxième fois que ça m'arrive au Maroc.

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Beaucoup de magasins et de cafés, accueillant plus de touristes que de locaux, sont couvertes d'autocollants

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Tour du monde à l'intérieur de Tinejdad

Un truc que je remarque aussi en regardant ma carte Michelin (mais c'est aussi le cas sur toutes les autres carte du Maroc que je vois dans les cafés ou ailleurs), c'est que la frontière internationale avec l'Algérie n'est jamais représentée. Il y a bien une délimitation avec la Mauritanie au sud, avec l'Algérie au niveau de la Méditerranée, mais rien dans le désert, le long de l'autoroute Abadia - Tindouf. La guerre du sable explique pourquoi cette frontière est délicate. Ça me fait également penser que les ingénieurs de Google Maps doivent sûrement assister à des séminaires sur la politique lorsqu'ils doivent publier des cartes.

Avec ma bonne cadence actuelle je suis bon pour un nouveau tronçon de 60km, ce qui me permettra d'atteindre Tinghir ce soir.

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Ah, quelque chose sur la route. La frontière de la province

J'aperçois à nouveau des montagnes sur ma droite, le plat de résistance pour demain.

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Enfin à Tinghir, il était temps

Par deux fois j'ai affaire à des gars ivres, à 18h, et cela me fait soutenir l'application de la loi sur l'interdiction de l'alcool, ce dernier étant toujours employé comme une drogue addictive plutôt que comme une boisson. J'arrive enfin à l'hôtel central à 50dh et je fourni un dernier effort pour monter deux étages avec mon vélo après 132km de routes dans le désert, puis je vais acheter des fruits alors que tout le monde est en train de regarder le Real Madrid.

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Centre de Tinghir
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