Ifrane theme park

Notre agréable séjour à Fès s'achève et nous reprenons la route. Le temps est beau, les jambes reposées, les vêtements propres, le ventre plein, et la prochaine étape est le moyen Atlas. En regardant les infos à la télé j'ai vu qu'il y avait de la neige à Ifrane, ma destination pour la journée, à 60 km au sud de Fès.

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Bye-Bye Fès



La journée commence par la partie la moins intéressante, la traversée de Fès, deuxième plus grande ville du Maroc, depuis l'es de la médina jusqu'au sud de l'aéroport. Ensuite, la route monte en direction d'Ifrane. Nous parcourons rapidement ces 10 km sur les larges avenues puis Simon par de son côté à la sortie de la ville.

Ma route, vers l'aéroport, est très fréquentée et poussiéreuse. Une fois cette partie finie je peux heureusement entamer l'ascension vers Imouzzer du Kandar dans un environnement plus calme. La route s’élève tranquillement.

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Sur la route d'Imouzzer

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Vente de miel au bord de la route

Le calme ne dure pas. Une fois Imouzzer du Kandar atteint, il y a nouveau beaucoup de monde sur la route, et ce jusqu'à Ifrane. C'est le dernier week end des vacances scolaires et Ifrane est une destination touristique très prisée. Les voitures me font des queues de poisson, c'est comme si j'étais transparent. Il faut dire que quand un Marocain fait du vélo, il reste sur le bas côté dans les graviers, et pas sur la route comme moi. Je doute qu'il existe ici une quelconque loi pour faire respecter les distances de sécurité à observer quand on double un vélo...

Il me semblait avoir lu ou entendu quelque part que Ifrane se trouvait à 1000m d'altitude. Je suis donc surpris quand je tombe sur un panneau l'indiquant à 1650m. Cela veut dire que la descente que j'attendais depuis Imouzzer n'arrivera jamais. Mais ça n'empêche que je suis heureux d'atteindre Ifrane à la fin de cette journée, assez éprouvante à cause de la circulation. C'est la première fois que j'emprunte une route marquée en rouge sur la carte, c'est à dire un axe majeur, et je pense que c'est aussi la dernière fois.

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Maisons au premier rond-point d'Ifrane

Avant d'arriver ici on m'a présenté la ville comme étant la plus belle du Maroc, là où les toits sont pointus et recouvert de tuiles alors qu'ils sont plats et en béton dans le reste du pays. C'était autrefois un centre d'estivage pour les colons français et il semblerait que le Roi, qui a un palais royal dans la ville (un de plus), ait fait tout son possible pour en conserver l'atmosphère. A Ifrane, il peut faire froid et neiger (la ville possède le record de basse température en Afrique avec un petit -24°C en 1935), ce qui pourrait expliquer la pente des toits, mais en fait c'est plus fait pour l'apparence que pour être fonctionnel.

La ville de 13000 habitants accueille également l'Université Al Akhawayn, célèbre pour être la plus chère du Maroc et celle où les professeurs viennent de tous les pays pour enseigner aux enfants des Marocains les plus nantis.

Donc j'atterris finalement dans cette ville proprette, au milieu des belles voitures et des immense jardins et parcs où déambulent des gens en habits du dimanche. La première personne qui me parle est un gardien de parking qui veut me proposer un appartement pour 300dh la nuit, puis 150dh la nuit, ce qui est encore trois fois plus cher que le prix le plus bas de n'importe quelle autre ville. En fait il m'avoue que les gens d'Ifrane, ceux du pays, sont pauvres, et que tout ce que je peux apercevoir autour de moi provient de l'argent qui coule à flot depuis les poches des riches "bandits" des grandes villes. Et dimanche soir, quand les vacances seront terminées, la ville sera à nouveau déserte.

Les maisons que j'aperçois auraient plus leur place en Europe qu'ici ! Une fois cette première impression étrange passée, je me rends compte que tout le monde est ici pour visiter. La ville entière est un parc de loisir. Il y a bien trop de poubelles, les prix sont le double d'ailleurs et les gens, polis, me laissent tranquille. C'est l'endroit le moins marocain que j'aie pu voir au Maroc.

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Centre ville d'Ifrane

Franklin m'accueille avec un “ Bienvenue dans la Suisse du Maroc ”. C'est en effet ce que disent les gens à propos de la ville, qui semble toute faite pour le tourisme local, telle une carte postale avec ses larges avenues, ses énormes ronds points, ses rues à sens unique, ses parcs de pins omniprésents et, bien sur, ses traces de neiges autour des maisons aux toits pentus. Enfin pour moi ces éléments sont exagérés et me font plutôt penser au village de Blanche Neige ou encore à Disneyland. De plus les rapports hauteur/largeur des fenêtres et les pentes des toits sont étranges. On dirait un parc d'attraction habitable.

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Les gens font la queue pour prendre une photo avec le Lion d'Ifrane

Le lendemain, je quitte cette ville pour touristes sans intérêt. Direction les montagnes. Je fais des provisions de pains (le khobz se paie 2.50 au lieu de 1.20 habituellement) et je passe devant le Palais Royal surveillé par au moins 5 gardes nonchalant à chaque portail. Il y également un garde disposé tous les 100m le long de l'immense clôture.



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habitations à Ifrane

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Je continue avec une route assez petite : pas l'axe principal à Azrou, mais celui plus étroit à la station de ski de Mischliffen. C'est aussi un lieu très populaire de (local) et je vais obtenir un coup de œil de quel look ski resort comme ici. Après tout, j'ai pédalé au-delà des domaines de ski en Suisse et Andorre et sur la Je continue sur une route assez petite: ce n'est pas la route principale pour Azrou mais une route secondaire pour la station de ski de Mischliffen. C'est un autre endroit très populaire (localement) et j'ai envie de jeter un coup d’œil pour voir à quoi ressemble une station de ski ici. Après tout, je suis déjà passé à proximité des pistes en Suisse, en Andorre, et en Espagne, alors allons-y pour une de plus.

La route m’emmène quasiment à 2000m, ce qui n'empêche qu'il y a un monde fou. Est-ce que tout le monde va skier aujourd'hui ? J'ai ma réponse rapidement quand j'atteins un col avec quelques arbres et un peu d'ombre. La neige n'a pas fondu ici et les touristes peuvent louer des luges pour s'amuser sur une dizaine de mètres.

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Des luges faites à partir de palettes de bois montées sur des skis coupés

Ensuite je tombe sur toutes les voitures garées sur la route elle même, là où il y a peu plus de neige sur le côté gauche, sous les pins. Les gens s'entassent dans ce minuscule endroit pour essayer d'en profiter un peu.

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Randonnée à cheval

Quelques kilomètres plus loin, la route est embouteillée car elle traverse une forêt. C'est plus sombre et plus frais, ce qui fait que la neige s'est mieux conservée. Il y a des locations de skis et de luges tout le long de la route. De tout les gens ici, je ne vois qu'une personne, une fille, en train d'essayer le ski. Elle tente d'avancer sur le plat. Mais c'est bien la seule et ça se comprend. La plupart des visiteurs se contente d'une dizaine de mètre sur les luges. Le point positif de cet endroit, c'est qu'on y accède sans pneus neige...

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la "station de ski" de Mischliffen

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Cela me rappelle une autre station de ski dans un pays où les sports d'hiver ne sont pas courants, à Manali (Inde). Les gens pouvaient essayer de très vieux skis sur un peu de neige, mais au moins ils avaient une pente et un téléski (qui ne marchait pas à cause d'une panne de courant).

Sur le chemin du retour à la route principale, je vois enfin une piste de ski correct à Jbel Herbi. Il y a un remonte pente, à l'arrêt, et beaucoup moins de gens que dans les bois.

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Jbel Herbi

Maintenant, après avoir visité le Drakensberg et le Lesotho en Afrique du Sud, je pourrais dire que j'ai visité la moitié des domaines skiables en Afrique. Après cette découverte de l'hiver Africain, je rejoins la route principale Azrou-Middelt et m'engage pour de vrai sur les petites routes. J'ai eu, ces deux derniers jours, bien trop de voitures qui m'ont rasées de trop près.

Donc je quitte les routes principales pour une piste. Ce chemin devrait nous amener, moi, mon vélo, et personne d'autre, tout droit au sud. Ça commence par des zones encore couvertes de neige et des mini lacs de boue. Tout devient soudainement très silencieux .

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Que l'aventure commence

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10 km de la très animée Mischliffen, un autre monde

La terre est très vaste et vide. Mais je fini par me rendre compte qu'elle n'est pas inexploitée quand j'aperçois, loin du sentier, des cabanes de bergers et des troupeau de moutons. La piste entre dans une forêt et, comme je le craignais, il fait plus froid et plus sombre : le chemin est maintenant fait de neige et de boue. C'est praticable, mais après quelques kilomètres qui s'éternise j'ai déjà envie de retourner sur le bitume. Je glisse une fois sur une plaque de glace, mais sans rien casser.

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De retour sur un terrain plus clément

En fin de journée je retrouve enfin la petite route goudronnée qui file vers Ain Leuh. Cette petite expérience me fait réviser mes plans sur la traversée du Haut Atlas: les routes ne sont déjà pas très praticables en dessous des 2000m, alors il se peut qu'elles soient carrément bloquées là bas, à 2800m. Et comme il n'y personne pour me dire l'état des routes, ou pour les déneiger, je vais surement être obligé de rester sur une route principale.

Je campe à proximité de la route. A première vue, on dirait que tout est vaste et vide, mais il se trouve toujours quelqu'un, ou un âne, pour entrer dans mon champ de vision.

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