Un avant-goût du désert

Après un petit déjeuner à base de Vache qui rit (je n'en jamais mangé autant), je prends la route dans un environnement qui, pour la première fois, ressemble à un désert.

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Je suis à la recherche de ces hautes montagnes enneigées qui ne devraient pas être très loin. Elles semblent avoir disparu …. C'est vrai que le temps est brumeux mais elles devraient être là … Je fini par me rendre compte qu'elles ont un aspect complètement différent d' hier soir, et qu'elles sont très proches, mais aussi difficilement discernables avec le soleil qui tape dur.

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Jbel Ayashi vu depuis les environs de Boumia

Je me rends compte d'une autre chose étrange. Je suis sur le rapport de vitesse le plus élevé et sur un terrain plat. J'avance à 40 km/h sans effort. Et ce n'est pas normal du tout. Habituellement, je fait 17 – 18 km/h de moyenne sur le plat. Sur l'ensemble de la journée, en comptant les pauses, les photos, la nourriture et tout le reste, ma moyenne tombe à 10 km/h. Ce qui représente 80 km par jour si je monte sur la selle à 10h et pédale jusqu'à 18h. Ce 40km/h représente une vitesse folle et ce n'est que quand la route fait un grand S pour éviter un village que je comprends que je vent y est pour beaucoup.

Par conséquent, j'arrive rapidement à Midelt sur la N13, avec un pic à 50 km/h sur le plat (hmmm, probablement légèrement en descente). J'entre dans la ville au moment où un employé de la ville arrose un jardin. C'est une vue surprenant par rapport au 40km précédents, très secs. Midelt est une oasis où les gens qui voyagent du centre du Maroc jusqu'au désert s'arrêtent en coup de vent. Elle apparemment fameuse pour ses mines (autrefois) et ses pommes. Si vous voyez des pommes du Maroc dans un supermarché, elle viennent surement des fermes de Midelt.

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La pomme de Midelt

Je mange un bon tajine, et puisqu'il y a des chances que je ne rencontre personne sur la route j'accepte une invitation pour boire le thé dans une échoppe berbère, même si je sais qu'en contrepartie on va encore me montrer et m'expliquer des douzaines de tapis différents. Je profite d'être "en ville" pour acheter une carte SIM 3G de Maroc Telecom car je me suis retrouvé toute une journée sans réseau au milieu de l'Atlas avec Meditel. Je suis devenu accroc à Google Maps et OpenStreetMap sur mon téléphone. Je les consulte à la moindre petite intersection pour voir où ça mène, mais pour ça il me faut une connexion qui marche toute la journée.

Je quitte Midelt tardivement et je suis déjà sortis des murs de la ville quand je me rends compte que j'ai oublié d'acheter du pain. Je m'arrête au café de la dernière chance où l'on me renvoie en ville. Plutôt que de repartir 3km en arrière je prends le risque d'aller de l'avant sans pain pour en trouver dans un village. La prochaine ville indiquée, Rich, se trouve à 75km. Pas atteignable aujourd'hui donc. Mais il doit y avoir des villages d'ici là. Il y en a un à 30 km d'après un client du café. Donc je poursuis avec cette idée un peu déraisonnable, mais après tout c'est une façon des tester ces petites erreurs qui seront impardonnables dans le vrai désert, le Sahara.

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Mon décor pour les kilomètres à venir

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Un cimetière de Heineken comme j'en trouve trop souvent depuis que j'ai quitté les routes solitaires du Moyen Atlas

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La 3G et le cheval

Le premier village arrive avant les 30km annoncés. Il y a un magasin, rempli en grande partie de boites vides. Quand je demande du pain, un des hommes qui traînent là disparaît pour aller chercher quelque chose. Il revient en m'annonçant que je ne trouverai pas de pain dans ce village, et il me donne un gros khobz berbère fait maison, sans rien me demander en retour. Je suis un peu surpris, mais il est vrai que les gens d'ici sont différents de ceux du nord. Les filles berbères, et même les dames, me saluent et j'ai même parfois droit à un sourire ! J'ai aussi l'impression de pouvoir parler français avec n'importe quel habitant des villes et des villages d'ici alors que dans le nord il fallait que je trouve l'unique personne du groupe qui sache parler espagnol ou français (je ne compte pas les racoleurs en ville, qui eux parlent n'importe quelle langue jusqu'à ce que vous achetiez quelque chose).

Je démarre assez tard dans l'après midi l'ascension aisée du col de Tizi n’Talghaumt, dans le Haut Atlas. Je m'arrête en plein milieu de la montée pour discuter avec une personne ayant des soucis avec sa voiture. C'est un ancien membre de l'armée et il me montre la lettre du juge le condamnant à deux mois de prison pour avoir transporté l'équivalent de 1000€ d'alcool et pour l'avoir ensuite vendu illégalement à des musulmans. L'alcool est tabou ici, il est interdit et on le cache, mais il y en a partout.

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Dans le col entre Midelt et Rich

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Comme j'ai démarré de Midelt à 1500m la montée jusqu'à 1907m se fait rapidement et je suis bientôt au col de Tizi n’Talghaumt. Ça à l'air désert au premier coup d’œil mais, comme d'habitude, je fini par apercevoir un tas de gens qui marchent au milieu de nulle part.

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Il y a un homme sur cette photo

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Tizi n’Talghaumt, 1907 m

Après le col, la route descend légèrement. Il reste cependant en altitude, traversant un mélange de plateau et de montagnes, avec de long passages plats. C'est très beau et je suis déjà impatient de camper dans cet endroit parfaitement désert.

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À une “ barrière de neige ”, j'ai une brève discussion avec le gardien, qui m'indique son village à 5 km de là. Maintenant que je suis à l'arrêt et que je prends le temps de regarder autour de moi j'aperçois beaucoup de maisons dans cette endroit apparemment désert, je peux même voir le village indiqué avec son minaret. Il me dit que je ferais mieux de dormir dans un endroit 2km plus loin et que je devrais suivre ce 4x4... Désobéir pourrait passer pour de la désertion alors je me rends 2km plus loin où je suis attendu par Aicha dans son café et où je peux dormir pour 50dh. Elle a appris le français en parlant aux touristes et elle tient un livre d'or pour tout les touristes étrangers qui passent par chez elle. Il n'y a aucune raison pour que les gens en voitures passent la nuit chez elle mais d'après son livre elle a accueilli, pour un café ou pour la nuit, un ou deux touristes par mois depuis 2007.

En fin de compte, grâce au vent, j'ai réussi à parcourir 85km, en incluant un col à 1907m, en démarrant à 11h et en prenant une pause déjeuner de 2 heures. Les routes goudronnées et le vent sont mes deux meilleurs amis aujourd'hui. Mais ils deviendrons mes pires ennemis dans l'autre direction, quand je me dirigerai vers la côte. On m'a dit que le vent viens toujours de l'océan Atlantique mais qu'il se lève l'après midi, alors il se pourrais bien que je doive me lever super tôt dans un futur proche si je ne veux pas pédaler inutilement avec le vent de face.

J'ai également eu l'occasion de tester la carte SIM 3G Maroc Telecom et elle marche du feu de dieu. Avec mon N900 configuré en routeur, je pourrai même envoyer mes photos sur le blog depuis le désert ou dans la neige.



Le lendemain matin est consacré entièrement au nettoyage de mon vélo. Je n'ai fait aucun entretien depuis l'Espagne et malgré la pluie, la neige et la boue, il s'est bien comporté. Il a maintenant retrouvé sa robe noir brillante et j'ai changé les plaquettes de frein, du coup il est comme neuf. Passer d'un demi frein à deux freins puissants, ça change la vie.

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C'est une journée au moins aussi venteuse, sinon plus, que celle d'hier. A certains moments, quand je prend un virage derrière une colline, je sens la poussée du vent dans mon dos, alors j'ai l'impression d'avoir une voile et de prendre un gros coup d'accélération.

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Même les arbres sans feuilles jouent à la voile

Le soleil aussi tape fort. J'ai vraiment besoin de mettre quelque chose sur ma tête et je ne suis pas prêt de montrer mes avant bras ou de mettre un bermuda d'ici un moment. Les nuits sont froides en hiver dans les montagnes et les collines, à 1500m, mais les journées sont chaudes comme le soleil du désert. Cette région a de sacré écarts de température.

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La route est simple et facile, mais je dois rester vigilant. Quand je vois un camion venant en face de moi et une autre dans mon rétroviseur, je sais qu'ils n'utiliseront pas leurs freins et passeront à 1 cm l'un de l'autre et à 1 cm de moi, si je ne me met pas à côté de la route.

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La rivière Ziz …

La région est sèche mais je trouve un canal rempli d'eau. Ce sont les mêmes que ceux utilisés en Andalousie pour transporter l'eau. Ils ont d'ailleurs été construits par les Arabes quand ils occupaient le sud de l'Espagne.

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À ma gauche

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À ma droite

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L'eau est de retour dans la rivière, mais le pont a disparu

Je m'arrête à Rich, une petite ville poussiéreuse perdue dans l'Atlas, pour manger, boire un thé et faire le plein de nourriture. J'apprends que quand un marchand me demande de payer 20 le prix pour un article, il compte en fait en rials ( 1 dirham = 20 rials) et il n'est en train d'essayer de m'arnaquer ( ce qui est le cas si il demande 5 ou 10 le prix habituel). Et quand les gens parlent en millions, c'est des millions de centimes de dirhams (1 dirham = 100 centimes). Les Aigles du Nigeria s'amusent contre le Mali pendant que je fini mon thé au chiba et il est bientôt temps de repartir pour une dernière heure de route jusqu'aux gorges du Ziz, qui est indiquée comme une route pittoresque sur ma carte. Je camperai là bas.

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La vie l'après-midi : boire le thé et regarder la route

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Terrain de foot de Atlas

Cet endroit est à seulement 5 kilomètres de Tazmamart, un camp secret pour les prisonniers politiques et les opposants, en usage jusqu'en 1991.

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En arrivant aux gorges du Ziz …

En fin de journée je tombe sur un panneau intéressant sur lequel on peut lire: "station thermale". Ce n'est indiqué sur aucunes de mes cartes et c'est une bonne surprise. On m'indique qu'il y a un bain à ciel ouvert, avec de l'eau chaude, à côté de la rivière. S'immerger dans l'eau chaude serait parfait pour conclure cette journée, mais du coup je dois faire à un dilemme: est-ce que je reste ici ou je fais 2km de plus pour arriver aux gorges du Ziz, recommandées par le Michelin, pour y passer la nuit ?

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Hammat Moulay Ali Cherif

C'est alors qu’apparaît Zaid, qui m'invite chez lui, à 10km d'ici. Au crépuscule, je rends une première visite à la source d'eau chaude, à côté de la rivière. Je dois attendre que ce soit le tour des hommes. Il y a une piscine d'eau chaude vers la rivière, avec la bonne odeur de sulfure, dans laquelle je peux me tremper et observer le ciel dégagé se remplir d'étoiles. Ce serait parfait si la piscine avait 10cm d'eau en plus. Avec le niveau actuel nous sommes obligés de nous asperger le ventre. Il arrive que les crues de la rivières détruisent la piscine et elle n'est pas toujours bien refaite. Mais c'est presque aussi bien qu'un rotenburo d'hokkaido !

Après cette bonne surprise nous mettons le vélo dans un grand taxi et partons pour à la maison pour manger et goûter de le l'eau de vie de dattes, tout en regardant la TV avec des spots publicitaires expliquant que les ronds points s'utilisent d'une certaine façon et que la priorité à droite ne s'y applique pas...