Une pause bien méritée

Les 2 premiers mois ont été très intenses. Je n'ai pas réussi à maintenir une bonne moyenne avec mes 75km/jour, bien en dessous des 100km/jour que j'avais estimé. Estimation basée sur mes précédents voyages, très plats comparés à ce que la Suisse, la France et l'Espagne m'ont fait voir. On dirait que j'ai choisi jour après jour les routes les plus pentues possibles. Ce n'était pas voulu, sauf pour le Port d'Envalira, la route la plus haute des Pyrénées. Mais chaque journée était belle, et exceptée l'entrée dans Valence, j'ai vraiment apprécié toutes mes routes. Montagnes = paysage = bonne journée. J'ai fait un petit graphique pour illustrer tout cela :

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J'ai pris une pause bien méritée au Maroc. Non seulement pour reposer mes jambes qui me font mal en permanence, mais aussi pour récupérer de la fatigue mentale. On ne s'en rends pas compte tout de suite, étant donné qu'on est libre d'aller où on veut tout les jours quand on trimbale sa maison dans ses sacoches à vélo, mais c'est très fatiguant de devoir penser constamment et quotidiennement aux choses suivantes:
-emballage de la tente et les engins soigneusement le matin
– veiller à ce que j'ai suffisamment de nourriture et l'eau à tout moment de la journée (l'eau ne dure pas longtemps sur des jours chauds ou accidentés)
– en prenant la route de « droite » et réévaluer ma décision presque à chaque route traversant, avec les impacts en bref et à plus long terme.Je sais ce qui est à mon sens, mais je n'ai qu'une idée approximative des routes que je peux prendre. Comme je veux prendre la route plus pittoresques et moins occupé à chaque fois, éléments d'information recueillis en temps réel, je ne sais jamais le matin sur quelles routes je vais et où je vais dormir
– veiller à ce que les articles mouillés sécher pendant la journée (devient problématique successives des jours de pluie)
– trouver un sommeil adéquat et sécuritaire place tous les soirs, inspectant les environs, monter la tente (facile à imaginer, mais plus difficile à faire avec les pieds endoloris et lumière décroissante)
– cuisson, ou manger des aliments froids, si je le porte assez (les aliments ne nécessitant pas de cuisson prend significativement plus de volume que le riz et les pâtes)
– s'assurer j'ai suffisamment d'électricité dans mes batteries (téléphone, ordinateur portable, piles de rechange, pont de la batterie), avec la dynamo (pour batteries moins 7,4 V) et les restaurants et les bars le soir (pour les batteries pour ordinateurs portables), et que le GPS est toujours (pour enregistrer la trace)
– de façon moins importante, assurant que j'ai assez de crédit trésorerie et téléphone
– dans une mesure moins fréquente, veillant à ce que le vélo est toujours en marche bien (chaîne hebdomadaire et nettoyage général et cocher mazoutage, hebdomadaire de vis)
– dans une certaine mesure réduisant la taille de la population locale (c'est pourquoi je me sens mieux, loin des grandes villes), de faire assurer que mon vélo et les engrenages sont en vue ou sécurisé
– traitement de l'information recueillie au cours de la journée : photos et histoires. Je savais que décidant de maintenir un blog signifie épargner suffisamment de temps pour elle, mais elle prend plus de temps que je pensais. Au moins 1 heure tous les soirs. Ainsi plus de temps (nécessitant de trouver wifi) pour télécharger les photos et de publier un billet de blog. Quand je suis fatigué et je veux juste dormir, je sais que reporter cette tâche 1 heure va faire un travail de 1 h 30 le lendemain (pénalité en raison de la fraîcheur des informations limitées) et ainsi de suite...

Et tout cela sans compter le pédalage depuis le lever de soleil (tardif) jusqu'au coucher du soleil, ce qui n'est pas l'activité moins fatigante.

Ça c'est plutôt bien passé jusqu'ici, et je suis satisfait des routes que j'ai empruntées et de l''expérience en général. Aucune crevaison à déplorer en 3500 km (les pneus Schwalbe semblent mériter leur réputation, avec un total de 6000 km sans crevaison), aucun problème lié au vélo, pas de blessure, rien de perdu ou volé et toutes les photos que j'ai prises ont pu être téléchargées.

A partir de maintenant, ça va surement se compliquer étant donné qu'il y aura surement moins d'infrastructure qu'en Europe (ou qu'elle seront pas aussi bonnes), du coup il est possible que je pédale moins et qu'en j'envoie moins de photos.

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Durant 2 semaines où je me suis mis en mode touriste, j'ai pu reposer ma tête et visiter les principales villes du nord du Maroc, de Tanger à Rabat en passant par la magnifique Chefchaouen, Fès et la belle medina, Marrakech où les gens n'ont aucune honte à employer les moyens les plus débiles pour vous entuber, et un peu de désert où j'ai pu apprendre à reconnaitre Orion avec Bételgeuse, Bellatrix et Rigel, le Taureau avec Aldébaran, Sirius, les Gémeaux avec Castor et Pollux, Procyon, la Grande Ourse et la Petite Ourse, le Bélier, l'Hydre,etc... la navigation astronomique pourrait s'avérer utile dans le futur.

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J'ai également bu de l'eau du robinet petit à petit. Bien que ça ne soit pas recommandé pour les touristes au Maroc, elle est potable. Jusqu'à présent je n'ai pas eu à visiter les toilettes plusieurs fois par jour, donc je suis prêt à boire plus et à transpirer beaucoup. Avec les quantités de nourriture que j'ai ingurgitées, je pense que j'ai bien récupéré le poids que j'ai pu perdre pendant les deux derniers mois et j'ai même peut-être pris de l'avance sur ce que je vais perdre dans les collines marocaines (c'est un pays avec une partie vallonné qui promet dans la partie nord). J'ai aussi beaucoup apprécié mon séjour chez Najib, la nourriture délicieuse, le hammam, les thés, etc, à coté de Rabat.

Pour ma première fois au Maroc, j'ai une impression positive. Je me suis rendu compte que chouia, bezef et flouze sont tous des mots arabes, et que mon espagnol, qui m'a bien servi dans toute l'Espagne, fonctionne également à la pointe nord du Maroc. Aussi, j'ai vu plus de Mercedes que dans n'importe quel autre pays. La Mercedes 240 est partout, on s'en sert comme grand taxi ou comme voiture personnelle.

Grâce à Natasha et Paul j'ai pu récupérer des crochets de rechange pour mes sacoches Vaude, les pièces de mon vélo qui ont le plus de chances de casser. Ce sont les seuls éléments de mon équipement pour lesquels je n'ai pas choisi la marque n°1. Dans ce genre de voyages, pour lesquels il essentiel de pouvoir compter sur du matériel éprouvé, il semblerait que tout le monde se retrouve avec le même équipement: un cadre en acier chromoly, des pneus Schwalbe, des freins hydrauliques Magura, des sacoches Ortlieb, une selle Brooks, des phares B&M, et des moyeux Rohloff. Il y a de la compétition pour chaque composant. Mais pour chaque composant il y a toujours une marque clairement au dessus du lot, et qui semble être la seule digne de confiance.

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J'ai également fait les démarches pour obtenir un visa mauritanien. C'est le prochain pays sur ma liste. Je n'ai pas d'autre choix que de le demander à Rabat, avant d'entamer les 2000km qui me sépare de la frontière au sud. Étant donné la situation délicate dans laquelle se trouvent les pays voisins, je ne sais pas encore quelle sera ma décision une fois arrivé au bout du Maroc, mais j'ai encore deux mois de plus pour y penser et observer les conditions.

J'étais déjà au courant que je devrais me lever tôt pour faire la queue à l'ambassade de Mauritanie afin d'augmenter mes chances d'obtenir un visa. On trouve un tas d'information sur Internet sur ce qu'il faut faire, ou plutôt sur tout ce qui pourrait arriver. Quels papiers il faut remplir et apporter, comment fonctionne la file d'attente, comment les dates de validité des visas sont données au hasard, etc. Après avoir laisser passer le vendredi ( le 11 janvier est un jour férié au Maroc) je programme mon réveil dimanche soir, afin de me réveiller à 6h le lendemain. Mais après une lecture un peu plus poussée sur internet, j'apprends que pas mal de gens dorment devant le portail d'entrée et que le système de ticket et mal fichu, du coup j'avance mon réveil à 5h30.

De toute façon je n'arrive pas à dormir et je me lève à l'heure et préparé. Grâce aux conseils de Najib j'arrive à me déplacer rapidement en prenant 2 taxis partagés, 1 autre taxi, et j'arrive à l'ambassade à 6h30. Il y a déjà environ 40 personnes en train de faire la queue sur le trottoir. Il y a une petite porte avec un panneau en Arabe sur le mur, et c'est tout. Il n'y a aucun système de numérotation pour savoir qui est arrivé quand, et certains font semblant de ne pas voir la file d'attente.

Le jour se lève lentement en nous réchauffant peu à peu et la porte s'ouvre à 8h. Il y a juste une petite pièce avec une minuscule fenêtre par laquelle les gens déposent leur papiers et leur argent. Ceux qui font la queue se disputent avec les resquilleurs, personne n'a l'air de savoir ce qui se passe ni pourquoi il semble y avoir toujours de plus en plus de monde devant nous. Apparemment, le seul moyen d'obtenir le formulaire d'inscription est d'aller chez le gars de l'autre côté de la rue qui vends des photocopies pour 10dh (et pour 10dh il aide ceux qui ne parlent pas arabe/français à le remplir). Enfin, c'est comme ça que la plupart des gens font.

Donc nous sommes là à faire la queue et à regarder les gens s'engueuler et s'entraider pour couper dans la file, à se demander combien on serait prêt à payer pour passer un peu plus tôt. Je sais que l'ambassade finira par fermer le portail à un moment donné dans la matinée, et tous les gens encore à l'extérieur à cet instant seront ignorés, et devront surement revenir demain, encore plus tôt.

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La procédure de demande de visa mauritanien

Vers 10h, c'est enfin mon tour de rentrer dans la minuscule pièce, avec le soulagement d'avoir réussi. La porte aurait pu se refermer à tout moment et même devant moi. C'est à ce moment que le gardien de la porte décide de fermer la porte, juste après moi, m'ordonne de déposer en vitesse mon passeport, mes documents et l'argent par la petite fenêtre, et de sortir par une autre porte. Même pas eu le temps de demander si tout était en ordre ou si il pouvait me dire quand est-ce que je pourrai récupérer mon passeport.

J'apprends plus tard que la porte ne s'est jamais ré-ouverte, de sorte que tous ceux qui sont arrivés après moi dans la file d'attente on perdu une matinée. Et apparemment il faut qu'on revienne cet après midi même, à 15h.

En attendant je suis allée faire des courses pour acheter quelques trucs qui me manquent. Les médinas des villes marocaines sont géniales, le paradis pour faire du shopping sans voiture, avec des tonnes de trucs à pas cher. Enfin, ils vendent tous la même camelote, malheureusement presque toujours en provenance de la Chine, et c'est super dur de trouver quelque chose d'original et de bonne qualité (peut importe où l'on se trouve en ville). J'ai trouvé des connecteurs et des câbles potables pour pas trop cher, mais j'ai du me contenter d'une fausse carte Michelin du Maroc ( une copie de l'édition 2010, j’espère qu'il n'y a pas eu trop de changements depuis), et je doute qu'on puisse trouver des magasins qui vendent de la vraie marque ou des pièces auxquelles je puisse faire confiance. Sauf peut-être des tapis, mais ils ne volent pas alors je n'en ai pas vraiment besoin.

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La Fromagerie des Alpes de Rabat (il n'y a en fait que des biscuits secs là-dedans)

A 15h, je suis là, de retour à l'ambassade mauritanienne pour récupérer le visa. Je retrouve les même gens que ce matin. Et comme ce matin, personne ne sait ce qu'il se passe. Les portes s'ouvrent à nouveau et ils commencent à appeler les gens qui ont fait leur demande le 9, il y a cinq jours... Certains se demandent si nous aussi, la fournée du 14, nous devrons revenir un autre jour. Finalement nous nous mettons en file indienne pour entrer avec nos reçus. Ça va bien plus vite que ce matin.

A l'intérieur, je reçois mon passeport et mon visa. Malheureusement les dates ne sont pas celles que j'avais demandées. J'ai bien un visa de 30 jours mais il débute 20 jours plus tôt que ce que je voulais. J'avais bien pris soins de demander à ce qu'il commence tard, à la fin de mon autorisation de séjour au Maroc, afin que je puisse visiter tranquillement ce dernier et me reposer quand je le souhaiterais. Du coup c'est comme si maintenant j'avais déjà épuisé ma réserve de temps. J'hésite entre la joie d'avoir reçu mon visa en une journée (évitant les pièges et les possibles conséquences des récents évènements au Mali) et la pression que ces dates erronées viennent de créer en me forçant à rejoindre la frontière sud du Maroc. Parmi tous les voyageurs européens avec qui j'ai pu discuter, aucun n'a mentionné de problèmes de sécurité, seulement de routes qui s'améliorent.

Je termine cette journée de shopping mi figue mi raisin, un peu positive quand même si je considère le pistolet à bille que j'ai trouvé pour 30dh avec pleins de billes de plastiques; il me servira de système de défense contre les chiens dressés pour me mordre. Enfin, si j'arrive à le sortir et à l'utiliser en pédalant.

Le seule chose qui me manque maintenant c'est une nouvelle carte de débit (j'ai bien pensé à renouveler la carte de crédit avant mon départ, mais j'ai oublié que celle de débit avait aussi une date d'expiration). Il faut aussi que je répare un petit trou dans ma tente et un autre dans une sacoche. Si j'ai le temps je peux aussi préparer une vidéo sur la France et l'Espagne, vu les Giga Octets de données que j'ai accumulés.

Et pour fini j'ai mis à jour mon itinéraire provisoire pour le Maroc sur la page de plan de route.

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